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Libye: manifestations contre la plus haute instance politique

07/02/2014 11:04 EST | Actualisé 09/04/2014 05:12 EDT

Des milliers de Libyens ont manifesté vendredi contre la prolongation du mandat de la plus haute instance politique, sur fond de craintes d'une nouvelle flambée de violences dans ce pays divisé qui peine à mettre fin à une période de transition chaotique.

Une attaque jeudi soir contre le siège de l'état-major de l'armée à Tripoli avait aggravé la peur d'une journée mouvementée, durant laquelle les autorités de transition pourraient rapidement perdre le contrôle de la situation.

Mais les manifestations pacifiques se sont déroulées finalement sans incidents, à Tripoli comme à Benghazi (est), ainsi que dans d'autres villes du pays.

Sur la place des martyrs dans le centre de Tripoli et devant l'hôtel Tibesti à Benghazi, des centaines de manifestants étaient venus exiger la dissolution du Congrès et l'organisation d'élections générales.

"Non à la prolongation", ont scandé les manifestants, pour certains avec des balais. D'autres brandissaient des cartons rouges ou des pancartes proclamant: "07/02: date expirée".

Le Premier ministre Ali Zeidan avait appelé la population à manifester pacifiquement, affirmant que "tout pourrait être réalisé pacifiquement et par le dialogue".

En fin de journée, quatre membres du Congrès ont annoncé leur démission, selon des médias libyens.

Elu en juillet 2012 lors des premières élections libres de Libye après huit mois d'une révolte armée qui a chassé Mouammar Kadhafi, le Congrès général national (CGN) avait pour mission de préparer l'élection d'une Constituante et d'organiser des élections générales, dans un délai de 18 mois.

Selon ce calendrier, prévu par une déclaration constitutionnelle, sorte de mini-Constitution provisoire qui régit la transition post-Kadhafi, le mandat du CGN devrait s'achever le 7 février.

Mais le CGN a entériné lundi sa décision de prolonger son mandat jusqu'en décembre 2014, opérant des amendements constitutionnels, malgré l'opposition d'une grande partie de la population qui critique son incapacité à mettre fin à l'anarchie.

Population et partis politiques sont divisés: certains considèrent le Congrès comme responsable de tous les maux du pays et exigent sa dissolution, d'autres affirment "défendre la légitimité" et craindre le vide.

Lignes rouges

L'Alliance des forces nationales (libérale), principale force politique du pays, s'est déclarée contre la prolongation du mandat du Congrès, défendue par les islamistes.

De leur côté, milices et groupes armés ont choisi chacun leur camp, sur fond d'une lutte d'influence.

Ainsi, la Cellule des opérations des révolutionnaires en Libye, une milice pro-islamiste officieusement sous la tutelle de l'armée, a apporté son appui "à la légitimité" du Congrès, tout comme les puissants groupes armés de Misrata (ouest) qui ont tenu à souligner que toucher au Congrès signifiait franchir une "ligne rouge".

Leurs rivaux de Zenten, parmi les groupes armés les plus influents, assurent en revanche qu'ils protègeront tout mouvement populaire contre le CGN, et ont à leur tour fait valoir que le "peuple et la volonté du peuple" étaient aussi une "ligne rouge".

En réaction aux manifestations de vendredi, un député indépendant Jemaa al-Sayeh, a annoncé sa démission sur des télévisions libyennes, affirmant qu'il se soumettait "à la volonté du peuple".

Un autre membre, Taoufik al-Chhibi (AFN), a indiqué de son côté sur sa page Facebook qu'il démissionnait après que le "peuple a dit son mot".

Des médias libyens ont annoncé par ailleurs la démission des deux représentants de la ville de Zenten du Congrès, qui compte près de 200 membres.

A Tripoli, l'armée a indiqué avoir repoussé jeudi soir une attaque contre son quartier général menée par des "hommes armés qui ont tenté d'y entrer", mais qu'il n' y avait pas eu de victime.

Mais selon une autre source militaire, il n'y a pas eu d'attaque et des combats ont éclaté après une dispute entre soldats.

Ces troubles interviennent au moment où le sort du Premier ministre Ali Zeidan reste incertain, même après l'échec d'une motion de censure contre son gouvernement.

La Mission d'appui des Nations unies en Libye (Unsmil) a appelé les autorités et toutes les parties prenantes en Libye à "mettre fin à la violence et à empêcher le pays de sombrer encore plus dans l'anarchie et le chaos".

La "concurrence politique ou les opinions contraires ne justifient pas, en aucune façon, l'utilisation de la violence", a insisté l'Unsmil dans un communiqué invitant toutes les parties au dialogue.

ila/cbo

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