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La fille du roi d'Espagne devant le juge, une première qui secoue la monarchie

07/02/2014 10:00 EST | Actualisé 09/04/2014 05:12 EDT

La fille du roi d'Espagne, l'infante Cristina, était entendue samedi par un juge de Palma de Majorque, aux Baléares, qui l'a mise en examen pour fraude fiscale, un rendez-vous judiciaire sans précédent pour une monarchie affaiblie.

Après avoir descendu en voiture la rampe menant au tribunal, l'infante, blonde et souriante, en veste noire, chemisier blanc et pantalon, a salué les caméras de télévision du monde entier d'un bref "Bonjour", avant d'entrer dans le bâtiment.

Assise dans un fauteuil de velours rouge, dans une salle d'audition dominée par le portrait officiel de son père, le roi Juan Carlos, Cristina, 48 ans, a commencé à répondre aux questions du juge José Castro, qui instruit ce dossier explosif.

Le magistrat soupçonne la plus jeune fille du roi d'avoir coopéré avec son mari, l'ancien champion olympique de handball Iñaki Urdangarin, mis en examen le 29 décembre 2011 et suspecté d'avoir détourné, avec un ex-associé, 6,1 millions d'euros d'argent public.

"Elle est calme", a lancé à la porte du tribunal son avocat, José Maria Silva, qui défend l'innocence de sa cliente.

Comme elle y avait été autorisée exceptionnellement, pour raisons de sécurité, l'infante a pu gagner en voiture le tribunal. A l'écart du bâtiment cerné par la police, quelques dizaines de manifestants s'étaient rassemblés, réclamant "justice".

"La justice n'est pas égale pour tous", lançait Rafaela Garcia, une retraitée de 70 ans. "Il y a des gens qui souffrent, qui gagnent 400 euros. Eux ont assez d'argent et on dirait qu'ils en veulent encore plus. S'ils ont une conscience, ils devraient comprendre qu'il y a des gens qui ne peuvent même pas payer les livres de leurs enfants".

Andres Rodriguez, un chauffeur de bus de 35 ans, portait une pancarte avec les mots "La justice a pour nom Castro". "Pour nous, le juge Castro est un des grands d'Espagne. Il a osé faire face aux plus grands de ce pays", affirmait ce manifestant.

Détaillée dans un arrêt de 227 pages, la mise en examen de l'infante est tombée au mois de janvier comme une bombe: longtemps ultra-protégée, aujourd'hui assaillie par les scandales, la monarchie espagnole découvre qu'elle n'est plus intouchable.

A 76 ans, après 38 ans de règne, Juan Carlos montre le visage d'un roi fatigué, appuyé sur des béquilles. Si "l'affaire Urdangarin" a amorcé il y a deux ans une chute catastrophique de son image, le scandale est venu aussi en 2012 d'une coûteuse escapade au Botswana, pour une chasse à l'éléphant qui a choqué une Espagne meurtrie par la crise.

Au point que le tabou est aujourd'hui levé sur une possible abdication au profit du prince Felipe, qui incarne à 46 ans l'espoir de la monarchie.

Empêtrée dans le scandale, la Maison royale espère maintenant en finir au plus vite avec ce que son chef, Rafael Spottorno, qualifiait publiquement de "martyre".

Au printemps 2013, une première mise en examen, pour trafic d'influence, avait été annulée à la demande du Parquet.

Le juge, toujours contre l'avis du procureur, s'est alors orienté vers des soupçons de fraude fiscale et blanchiment de capitaux via la société Aizoon, que l'infante détient pour moitié avec son époux et dont les caisses auraient été alimentées, pour environ un million d'euros, par de l'argent public détourné par ce dernier.

La comptabilité de Aizoon fait apparaître, à partir de 2004, des dépenses consacrées à la rénovation de la villa familiale à Barcelone, pour 436.703,87 euros, ou d'autres, privées, pour 262.120,87 euros.

José Castro a épluché toutes ces dépenses, dans un arrêt truffé de références à des factures suspectes. Comme ce "cours de salsa et de merengue dispensé au domicile familial" dont le rapport avec les activités d'Aizoon "semble assez difficile à démontrer".

"Les délits contre le fisc qui sont reprochés à Iñaki Urdangarin auraient difficilement pu être commis s'ils n'avaient pas, pour le moins, été connus et approuvés par son épouse", concluait le juge.

Pour le Parquet au contraire, "il est impossible que la fraude atteigne le seuil des 120.000 euros" annuel, nécessaire pour constituer un délit en Espagne.

Après cette audition, le juge Castro devrait rapidement clore l'instruction ouverte en 2010: il décidera alors si "l'affaire Noos", du nom de la fondation à but non lucratif présidée entre 2004 et 2006 par Iñaki Urdangarin, débouchera ou non sur un procès.

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