NOUVELLES

Bosnie : des violences sans précédent depuis la guerre des années 1990

07/02/2014 03:30 EST | Actualisé 08/04/2014 05:12 EDT

Des bâtiments ont été incendiés et des affrontements violents se sont produits, vendredi, entre manifestants et forces de l'ordre en Bosnie, lors d'une troisième journée de protestation contre le niveau élevé du chômage et l'inertie du gouvernement.

Ces violences sont sans précédent depuis la guerre de 1992-1995.

À 19 h (18 h GMT), les manifestants ont répondu aux ordres de dispersion dans trois des villes où les heurts ont été les plus durs, notamment à Sarajevo, la capitale, mais la police restait mobilisée en force. Tous les magasins étaient fermés et les rues jonchées de débris.

Un nuage de gaz lacrymogènes et de fumée a recouvert le centre de la Sarajevo, où la police a tiré des balles en caoutchouc pour disperser une foule de plusieurs milliers de personnes qui ont mis le feu au siège du gouvernement local.

Les manifestants ont également mis le feu à une partie du bâtiment de la présidence. Les manifestants ont brisé des vitres et lancé une fusée éclairante dans le bâtiment. La police spéciale les a repoussés avec un canon à eau, rapporte un journaliste de l'agence Reuters présent sur les lieux.

Cent quarante-cinq personnes ont été blessées à Sarajevo, dont 93 policiers.

À Mostar, dans le sud de la Bosnie, plusieurs milliers de manifestants se sont emparés d'un bâtiment du gouvernement local et se sont mis à lancer des ordinateurs et d'autres équipements par les fenêtres. La police n'est pas intervenue.

À Tuzla, qui fut naguère le coeur industriel du nord du pays, les manifestations contre les fermetures d'usines ont à nouveau dégénéré.

Des manifestants ont jeté des pierres et mis le feu au siège du gouvernement local. Des heurts se sont produits avec la police. Pris au piège des flammes, certains occupants de l'immeuble ont dû sauter par la fenêtre, rapporte un photographe de Reuters.

« Je pense que c'est un vrai "printemps bosnien. Nous n'avons rien à perdre. Nous allons être de plus en plus nombreux dans les rues. Il y a environ 500 000 chômeurs en Bosnie », a déclaré Almir Arnaut, un économiste sans emploi de Tuzla.

À Zenica, dans le centre du pays, un bâtiment du gouvernement a également été incendié, rapporte la presse locale. Les manifestants, nombreux à avoir été appelés à descendre dans la rue via Facebook, scandaient : « Voleurs ! »,« Révolution ».

À Banja Luka, capitale de la République serbe de Bosnie, 300 personnes ont organisé une manifestation pacifique pour appeler à l'unité entre les différentes parties de la Bosnie.

Selon les observateurs, il est difficile d'attribuer à un groupe quelconque l'origine de ce mouvement, qui a débuté mercredi à Tuzla et s'est propagé à tout le pays où un habitant en âge de travailler sur quatre est sans emploi.

Ce soulèvement est sans précédent dans la Bosnie d'après-guerre où Serbes, Croates et Bosniaques musulmans se sont résignés à la stagnation politique depuis des années plutôt que de risquer un retour au conflit.

La Bosnie est prisonnière d'un système politique hérité de l'après-guerre qui ne fonctionne pas.

À l'issue de ce conflit qui a fait 100 000 morts, les accords de paix de Dayton ont établi un système de partage du pouvoir fondé sur la représentation des différentes communautés serbe, croate et musulmane, un système à base de quotas, qui rend le fonctionnement politique du pays très difficile.

Le gouvernement a tenu une réunion d'urgence et appelé à la négociation.

« Il n'y aura pas de solution pour cette société tant qu'il y aura des divisions ethniques, une corruption fortement enracinée et du népotisme », estime Gojko Beric, un analyste politique.

PLUS:rc