POLITIQUE

Yvon Bolduc quitte la direction du Fonds de solidarité de la FTQ

06/02/2014 02:41 EST | Actualisé 08/04/2014 05:12 EDT
PC

MONTRÉAL - Le président-directeur général du Fonds de solidarité de la FTQ, Yvon Bolduc, quittera son poste le 31 mars prochain, alors que l'institution annonce une importante refonte de sa gouvernance à la suite de révélations faites à la Commission Charbonneau.

Le nom du futur pdg n'est pas encore connu. Un comité s'affairera à trouver la perle rare, capable de diriger ce fonds de travailleurs qui dispose d'un actif de 10 milliards $ pour stimuler le développement économique et dont la mission première est de maintenir ou créer des emplois.

La haute direction a annoncé, jeudi, lors d'une rencontre avec la presse, que le président de la FTQ ne portera désormais plus les «deux chapeaux», soit aussi celui de président du conseil d'administration du Fonds de solidarité. Cette question avait été maintes fois soulevée à la Commission Charbonneau, particulièrement par le commissaire Renaud Lachance, qui y voyait un risque de conflit entre des intérêts parfois divergents.

L'actuel président de la FTQ et président du conseil d'administration du Fonds par intérim, Daniel Boyer, sera donc remplacé par une figure émérite et respectée du milieu de l'assurance et des affaires: Robert Parizeau. Ce vieux routier s'est engagé à occuper son poste jusqu'en septembre 2015 et à rester comme administrateur pour appuyer ensuite le nouveau président du conseil qui sera nommé «et qui devrait être un peu plus jeune», a lui-même dit M. Parizeau.

Autre changement majeur: la FTQ ne nommera plus la majorité des administrateurs au conseil d'administration du Fonds de solidarité. Elle en nommait 10 sur 17 avant la réforme; elle en nommera désormais sept sur 19.

De même, le nombre d'administrateurs indépendants passera de quatre _ qui étaient désignés par les 10 nommés par la FTQ _ à sept qui seront élus par les actionnaires.

Le nombre d'administrateurs élus par les actionnaires après un appel public de candidatures passera aussi de deux à quatre. Fait à noter, ces quatre administrateurs élus par les actionnaires ne seront pas nécessairement indépendants, puisque tous pourront tenter leur chance. Tout candidat devra obtenir la signature d'au moins 50 actionnaires pour postuler. Théoriquement, il serait donc possible que des représentants de la FTQ sollicitent et obtiennent ces postes d'administrateurs élus. Mais ils n'auront pas été nommés par la FTQ, étant plutôt élus par les actionnaires à la suite d'un appel public.

Le dernier membre du conseil d'administration est le président-directeur général du Fonds.

Le départ d'Yvon Bolduc s'est fait avec une sorte de résignation devant l'évidence, à la suite des extraits d'écoute électronique entendus à la Commission Charbonneau. «On a mis fin au contrat. M. Bolduc est serein», a résumé M. Boyer. Il ajoute que le départ de M. Bolduc était effectivement devenu «inévitable si on voulait se redonner un élan, on devrait trouver une nouvelle personne».

M. Bolduc partira le 31 mars avec plus de 1,1 million $ en poche, soit l'équivalent de deux années de salaire, en plus des vacances qui lui étaient dues, a précisé M. Boyer. Il touchait 566 000 $ par année.

«Ça peut sembler beaucoup pour les membres qu'on représente, mais c'est un pdg d'une grande institution financière. Ce sont les conditions qu'on retrouve. Le salaire d'un pdg d'une institution qui gère 10 milliards $ d'actifs qui est à 566 000 $, si vous en trouvez, vous me direz c'est où. Je n'en connais pas. Ils gagnent tous dans les millions de dollars», a justifié M. Boyer.

Le poste de président du conseil d'administration du Fonds aurait dû revenir automatiquement à M. Boyer, puisque jusqu'ici, ce poste était occupé par le président de la FTQ. Bien que ce poste doté d'un lustre certain lui échappe, M. Boyer s'est montré pratiquement soulagé. «Je ne cherche pas le travail hein? J'en ai en masse», a lancé le président de la plus grande centrale syndicale du Québec, avec ses quelque 600 000 membres. Il faut dire que le Fonds a été sous la loupe des médias et de la Commission Charbonneau depuis plusieurs mois.

D'autres modifications ont également été apportées. Ainsi, trois nouveaux comités ont été formés: gouvernance et éthique, ressources humaines, gestion des risques. La majorité des membres de ces comités seront indépendants du Fonds et de la FTQ.

Les membres du conseil d'administration seront élus pour un mandat maximal de 12 ans.

Ces règles sont en fait des propositions faites par le Fonds, a-t-on expliqué. Il appartiendra au gouvernement du Québec et à l'Autorité des marchés financiers de trancher.

Le Fonds de solidarité de la FTQ a été créé en 1983, à la suite d'une grave crise économique et de milliers de pertes d'emplois. Il a aujourd'hui 615 000 actionnaires et est partenaire de 2400 entreprises. Bon an mal an, il recueille environ 700 millions $ par année.

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