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La Tunisie commémore un an après l'assassinat de Chokri Belaïd

06/02/2014 08:11 EST | Actualisé 08/04/2014 05:12 EDT

Une Tunisie qui se remet lentement d'une année tourmentée commémore jeudi le premier anniversaire de l'assassinat, attribué à la mouvance jihadiste, de l'opposant de gauche Chokri Belaïd, deux jours après l'annonce de la mort de son assassin présumé.

L'avocat de 48 ans, militant de tendance marxiste et panarabiste et farouche critique des islamistes, avait été assassiné le 6 février 2013 devant chez lui, dans un quartier résidentiel de Tunis.

Jeudi, environ 200 personnes, dont beaucoup en pleurs, se sont rassemblées sur le lieu où il s'est effondré après avoir été atteint de plusieurs balles, selon une journaliste de l'AFP sur place.

Une grande affiche posait la question qui taraude ses proches et de nombreux Tunisiens: "Qui a tué Chokri Belaïd?". Car les autorités ont beau avoir annoncé mardi la mort dans une opération "antiterroriste" de son assassin présumé Kamel Gadhgadhi, des zones d'ombre entourent toujours le crime.

"La vérité n'a pas été dévoilée", a dit à l'AFP sa veuve, Basma Khalfaoui, présente sur place. Kamel Gadhgadhi n'était qu'un exécutant et "il y a d'autres accusés. J'espère qu'ils ne vont pas être à leur tour tués", a-t-elle ajouté.

L'assassinat a été attribué par les autorités aux jihadistes d'Ansar Asharia, une organisation classée "terroriste" par la Tunisie mais qui n'a jamais revendiqué ce meurtre ni aucune autre attaque armée.

Mardi, le ministre de l'Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, a annoncé que Kamel Gadhgadhi était mort tout comme six autres suspects ainsi qu'un gendarme au terme d'un assaut de 20 heures contre une maison de la banlieue de Tunis.

"C'est le plus beau cadeau qu'on puisse faire aux Tunisiens au premier anniversaire de l'assassinat", a estimé le ministre.

"Ce cadeau, il peut le garder. Tuer un homme n'est pas un cadeau. Un cadavre n'est pas un cadeau", a répliqué le frère du défunt, Abdelmajid Belaïd.

"Nous ne voulions pas qu'il soit tué (...). Nous voulions qu'il soit jugé équitablement. Nous voulons connaître la vérité entière. Gadhgadhi n'était pas seul", a-t-il dit à l'AFP.

Des journaux tunisiens posaient aussi la question, comme Al Chourouq qui titre en Une: "Le peuple veut savoir: Qui a tué Belaïd?".

Un collectif d'avocats a indiqué lors d'une conférence de presse qu'il avait porté l'affaire devant la Commission africaine des droits de l'Homme et qu'il allait aussi demander la désignation d'un rapporteur spécial des Nations unies.

"C'est un crime d'Etat", a dénoncé l'avocat Anouar Bassi. Le collectif réclame aussi que plusieurs responsables, dont le ministre de l'Intérieur Ben Jeddou et l'ex-Premier ministre Ali Laarayedh, soient interdits de voyager.

Une veillée aux bougies doit avoir lieu en fin d'après-midi sur l'avenue Habib Bourguiba, dans le centre-ville de la capitale. Samedi, un rassemblement sur la tombe de Chokri Belaïd est prévu en milieu de journée, avant une marche vers cette même avenue.

La nouvelle de la mort de Chokri Belaïd, connu pour son franc-parler, avait provoqué un séisme dans le pays. Des dizaines de milliers de personnes s'étaient rendues le 8 février 2013 à ses funérailles, qui se sont transformées en manifestation contre les islamistes du parti Ennahda alors aux commandes.

L'assassinat avait marqué le début d'une année de tourmente pour la Tunisie: un autre opposant, Mohamed Brahmi, a été tué selon le même mode opératoire le 25 juillet 2013. Une vingtaine de militaires et de gendarmes ont eux été tués dans des heurts avec des groupes jihadistes, en particulier à la frontière algérienne.

La grave crise qui a paralysé la politique et entravé l'économie du pays commence tout juste à se dissiper, avec l'adoption fin janvier d'une nouvelle Constitution, trois ans après la révolution, et la formation d'un gouvernement apolitique devant mener la Tunisie vers des élections générales.

Ennahda, arrivé en tête des premières élections après la chute du président Zine el-Abidine Ben Ali, a en effet remis le pouvoir aux termes d'un accord âprement négocié et des mois de pourparlers pénibles.

Vendredi, une cérémonie en présence de responsables étrangers, dont le président français François Hollande, est prévue pour célébrer l'adoption de la nouvelle loi fondamentale.

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