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Centrafrique: l'ONU et la France veulent des "sanctions exemplaires" après un lynchage

06/02/2014 07:47 EST | Actualisé 08/04/2014 05:12 EDT

L'ONU et la France ont réclamé jeudi des "sanctions exemplaires" après le lynchage en public à Bangui par des soldats centrafricains d'un homme accusé d'être un ancien rebelle, qui n'a donné lieu dans l'immédiat à aucune arrestation.

Face à la persistance des violences, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a estimé que l'ONU pourrait "vraisemblablement" prolonger le mandat des forces françaises de l'opération Sangaris, forte de 1.600 soldats, au-delà de la période initiale de six mois.

"Les incidents qui ont eu lieu hier lors de la cérémonie de remobilisation des FACA (Forces armées centrafricaines) sont des incidents révélateurs et inadmissibles" qui "doivent faire l'objet d'enquêtes et de sanctions exemplaires", dans un pays où toutes les administrations, y compris la justice, sont paralysées depuis des semaines, a déclaré le représentant spécial de l'ONU en Centrafrique, Babacar Gaye, lors d'une conférence de presse à Bangui.

Dans la foulée, Paris a condamné des "actes odieux" et demandé des "sanctions exemplaires" tout en soutenant "la décision de la présidente Catherine Samba Panza d'ordonner une enquête, afin que les auteurs des violences soient identifiés et répondent de leurs actes devant la justice".

En fin de journée jeudi, le ministre centrafricain de la défense, le général Thomas-Théophile Timangoa, a affirmé devant le Conseil national de transition qu'une enquête était d'ores et déjà ouverte, soulignant avoir "demandé à ce que les défenseurs des droits de l'homme soient associés à cette enquête".

Pour Florent Geel, de la Fédération internationale des Droits de l'homme (FIDH), "la mise en place d'une cellule spéciale d'enquête et d'instruction chargée de ces crimes doit être une priorité du nouveau gouvernement pour tracer une ligne rouge et que les crimes ne restent pas impunis".

Le général Gaye a souligné "la nécessité d'un sursaut pour éviter la violence aveugle, la violence inutile à laquelle nous assistons aujourd'hui" et qui "se traduit par un déchirement du tissu social, par une perte de repères sans précédent dans ce pays".

De façon générale, "toutes les opérations de sécurisation actuellement à Bangui souffrent de l'absence de deux chaînons manquants", les forces de police et de gendarmerie et la justice, a expliqué le général Gaye.

Mercredi, devant des dizaines de témoins, des militaires ont lynché à mort un homme suspecté d'être un soldat rallié à l'ancienne rébellion Séléka, à l'issue d'une cérémonie officielle où la présidente Catherine Samba Panza avait célébré la renaissance d'une armée nationale.

C'est la première fois que les FACA (armée régulière) étaient réunies depuis la prise du pouvoir en mars 2013 de la rébellion Séléka, majoritairement musulmane, dont les éléments sont aujourd'hui cantonnés ou en fuite depuis la démission de leur chef Michel Djotodia de la présidence le 10 janvier.

Plusieurs dizaines de militaires centrafricains ont participé directement au lynchage, sourire aux lèvres et enthousiastes, sous l'oeil de la presse internationale. Aucun soldat ne s'est interposé.

Interrogé sur l'inaction de la force africaine Misca, présente sur les lieux au moment du drame, le général a affirmé que si "le chapitre 7 autorise à aller jusqu'à un maximum de choses, ça ne signifie pas que face à chaque situation, il faille en arriver immédiatement à la confrontation par les armes. La force létale doit être utilisée avec retenue".

Les exactions continuent en province

Ces derniers jours, plusieurs organisations non gouvernementales, notamment Amnesty International et Human Rights Watch, ont dénoncé la passivité des forces internationales face aux violences dont sont particulièrement victimes les musulmans à Bangui, assimilés aux anciens rebelles qui avaient multiplié les exactions pendant des mois contre les populations chrétiennes.

Dans ce contexte chaotique, le ministre français de la Défense a annoncé jeudi qu'une prolongation du mandat des 1.600 soldats français en Centrafrique était "vraisemblable".

Celui-ci se rendra mercredi 12 février à Bangui, dans le cadre d'une tournée en Afrique centrale, a annoncé son ministère jeudi.

Deux mois après le début de l'intervention française Sangaris, "à Bangui, la situation est à peu près stabilisée même s'il y a encore des exactions régulières. Sur le reste du territoire, c'est beaucoup plus compliqué", a concédé M. Le Drian.

Attaques de groupes armés, pillages et assassinats, habitants en fuite: de terribles récits continuent d'affluer de province, immense trou noir, les forces internationales étant pour l'essentiel concentrées dans la capitale.

"A partir du moment où la force européenne va arriver (500 soldats, NDLR), où la force africaine commence à se structurer - il y a 6.000 militaires africains actuellement -, on pourra être plus présent sur l'ensemble du territoire centrafricain pour, là-encore, par notre seule présence et par les patrouilles que nous faisons, faire baisser la tension et préparer la transition politique" censée déboucher sur des élections d'ici la fin 2014, a déclaré M. Le Drian.

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