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Génocide rwandais: premier procès en France, Kigali salue un «bon signe»

04/02/2014 05:36 EST | Actualisé 06/04/2014 05:12 EDT
AFP

Tassé dans un fauteuil roulant, l'ancien capitaine rwandais Pascal Simbikangwa a tour à tour minimisé et revendiqué mardi son importance, pour le tout premier procès en France lié au génocide, 20 ans après les massacres dans lequel le rôle de Paris a souvent été critiqué.

Kigali, dont les relations avec Paris se sont un peu réchauffées ces dernières années, a qualifié l'ouverture de ce procès historique de "bon signe", même tardif.

Pascal Simbikangwa, 54 ans et paraplégique depuis un accident en 1986, est jugé par la cour d'assises de Paris en vertu du principe de "compétence universelle" de la justice française, lui permettant de poursuivre des personnes recherchées pour des faits de crimes contre l'humanité commis à l'étranger.

La justice française a refusé d'extrader cet ancien capitaine hutu vers le Rwanda. Il est jugé pour complicité de génocide et de crimes contre l'humanité, accusé d'avoir incité, organisé et aidé, notamment en organisant des barrages et en armant les miliciens qui les tenaient, les massacres qui firent quelque 800.000 morts en 100 jours, entre avril et juillet 1994.

La défense, dénonçant "l'inégalité des forces" avec l'accusation et "un dossier très fortement à charge", a demandé que la procédure soit déclarée nulle.

Mais cette demande de dernière minute, fustigée par l'avocat général qui y a vu une tentative d'"insinuer que la justice française ne serait pas en mesure de juger", a été rejetée par la cour après une heure de délibéré.

Pascal Simbikangwa nie les accusations. Il risque la prison à vie. L'accusé s'est présenté sous son autre nom, David Senyamuhara Safari, sous lequel il avait été arrêté en 2008 dans l'île française de Mayotte.

"Histoire en marche"

"J'ai été capitaine dans l'armée rwandaise puis dans les services de renseignement", a dit à la cour ce petit homme chauve, vêtu d'un blouson marron clair et d'un pantalon de survêtement blanc.

Face aux questions, il a semblé tour à tour vouloir minimiser son importance ou ne pouvoir s'empêcher de la revendiquer.

Oui il a embrassé la carrière militaire "avec joie et facilité", il aimait notamment "commander les hommes", oui servir dans la garde présidentielle était "une grande promotion".

Mais non il n'était pas membre de "l'akazu", la "petite maison", premier cercle du pouvoir dont de nombreux responsables ont été condamnés pour leur rôle dans le génocide.

Il minimise la maison de fonction dans le quartier chic de "kiyovu-les-riches", mais en même temps pense que oui, il était "parmi les autorités".

Cet interrogatoire se poursuivra mercredi.

Le président de la cour, Olivier Leurent, avait auparavant dressé durant près de deux heures un tableau du contexte historique, sans éluder le soutien militaire apporté par la France au régime hutu d'avant le génocide.

Le procès, exceptionnellement filmé pour l'Histoire, doit durer six à huit semaines.

"L'Histoire est en marche. Nous nous sommes toujours demandé pourquoi ça avait pris 20 ans (...) c'est tard, mais c'est bon signe", a déclaré à l'AFP le ministre rwandais de la Justice, Johnston Busingye.

Pour le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, "c'est une bonne chose que ce procès ait lieu". "Il faut que la justice passe", a-t-il commenté.

Plusieurs pays européens ont déjà jugé dans le passé des personnes soupçonnées d'implication dans le génocide rwandais. En France, une vingtaine de dossiers sont toujours en cours d'instruction.

Les deux premières semaines d'audience du procès seront principalement consacrées à retracer le contexte ayant conduit au massacre de centaines de milliers de Tutsi, ainsi que de Hutu modérés, par les milices endoctrinées et armées par le régime du président hutu Juvénal Habyarimana. L'assassinat le 6 avril 1994 de ce dernier fut l'événement déclencheur du génocide.

"Enfin ce procès arrive", s'est félicité le président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) Alain Gauthier, évoquant "à la fois un grand soulagement et une appréhension".

Les avocats de l'accusé, Alexandra Bourgeot et Fabrice Epstein, dénoncent un dossier fragile où "les seules accusations, ce sont des témoignages". La justice a d'ailleurs renoncé à le poursuivre pour génocide, ne retenant que la complicité.

La défense critique un procès politico-diplomatique, alors que Kigali et Paris, accusé par les autorités rwandaises issues de l'ex-rébellion tutsi d'avoir soutenu les génocidaires, se sont rapprochés, après trois années de rupture des relations diplomatiques (2006/09).

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