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04/02/2014 04:15 EST | Actualisé 05/04/2014 05:12 EDT

GB/inondations: coupée du monde, Muchelney est redevenue une île

Voilà près de cinq semaines que le petit village de Muchelney, "grande île" en vieux saxon, est devenu un atoll, coupé du monde par des crues exceptionnelles, et ici comme ailleurs au Royaume-Uni, les critiques enflent quant à la gestion des inondations.

Le petit bourg se trouve au coeur des Somerset Levels, plaine marécageuse de l'Ouest, où 11.500 hectares sont sous les eaux après le mois de janvier le plus humide que le Royaume-Uni ait connu depuis 1910. Du coup, les 150 habitants se sont bon gré mal gré transformés en matelots chevronnés.

Plusieurs autres villages vivent ainsi en semi-autarcie, livrés aux éléments, barricadés derrière des sacs de sable dans la hantise de l'eau qui monte.

Le week-end dernier encore, 180 maisons ont été submergées et l'armée est en stand-by alors que de nouvelles pluies sont prévues mercredi.

Face à une situation qui s'enlise, le gouvernement doit faire face à la grogne croissante des sinistrés, accusé de lésiner sur les moyens et de sacrifier la campagne au profit des villes.

En visite dans la région, le ministre de l'Environnement a reçu un accueil houleux. Mardi, le prince Charles était attendu pour apporter un peu de baume royal à une population en souffrance.

A Muchelney, on a l'habitude des inondations. "Ici, elles ont même arrêté Cromwell (au XVIIe siècle) au moment où il s'en prenait aux églises", glisse, dans un sourire, Catherine Denny, institutrice à la retraite en montrant les fresques de la charmante abbaye du Xe siècle ainsi épargnée.

"Mais cette année, c'est exceptionnellement long", constate-t-elle. Dès le 3 janvier, le village, qui se déploie sur une petite butte protectrice, s'est retrouvé totalement isolé.

Depuis, toutes les voies d'accès sont sous l'eau, deux mètres par endroits, et on ne peut accéder au village que par une barque.

Pilotée par des policiers ou des secouristes, elle emprunte le tracé d'une petite route communale où gît, à mi-parcours, une berline grise immergée, abandonnée à la hâte par son propriétaire.

Tout est devenu compliqué: se rendre au travail, amener les enfants à l'école en gilet de sauvetage ou faire ses courses.

"Il faut deux heures et demie pour aller chercher une pinte de lait", résume Nigel Smith, un habitant.

"Alors on s'organise", dit Catherine Denny, préférant retenir ces moments d'entraide ("t'as des pommes de terre? J'amène du pain") et la "party" à l'église où chacun a apporté de quoi festoyer, même si c'était rudimentaire.

"Les gens disent qu'il faudrait faire quelque chose mais, honnêtement, je ne sais pas quoi. Il y a la rivière et c'est tout plat autour. Si vous ne l'acceptez pas, il ne faut pas s'installer ici", tranche-t-elle.

C'est aussi ce que suggère le gouvernement qui demande s'il faut vraiment protéger à tout prix ces terres inondables, peu habitées et sur lesquelles les gens se sont installés en toute connaissance de cause.

"Construire des digues coûte très cher", dit Lord Chris Smith, patron de l'agence environnementale. Quant à draguer le lit des rivières, le Premier ministre David Cameron a bien promis quatre millions de livres à cet effet, mais la plupart des experts estiment que ça ne servira à rien.

"Se battre contre la nature ne peut mener qu'à l'échec. L'unique solution sensée est de se retirer", estime Colin Thorpe, spécialiste des crues à l'Université de Nottingham, cité par le Daily Telegraph. Il rejoint ainsi certains écologistes qui rêvent de transformer l'endroit en "Camargue britannique".

Pour Robin Bord, lassé de voir ses "champs pourrir" sous ses yeux à Muchelney, ces paroles sont "juste écoeurantes". "Je suis né ici, il y a toujours eu des inondations mais jamais autant. Pourquoi? Parce qu'on n'a pas dragué les rivières depuis vingt ans. A la place on a préféré dépenser vingt millions de livres pour un sanctuaire d'oiseaux. Au gouvernement, ils préfèrent les oiseaux aux hommes."

Nigel Smith est moins virulent. "Ceux qui en ont vraiment marre sont directement touchés par les inondations, qui ont perdu une maison. Les autres, ils s'ennuyent surtout", dit-il en scrutant l'horizon humide.

jk/dh/ros

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