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04/02/2014 07:05 EST | Actualisé 06/04/2014 05:12 EDT

Après deux mois d'opérations, les soldats français à la peine en Centrafrique

Règlements de comptes quotidiens à Bangui, exactions massives en province, haine confessionnelle: deux mois après son déclenchement le 5 décembre, l'opération militaire française "Sangaris" n'a pu mettre fin aux violences en Centrafrique.

En visite lundi à Bangui, le chef d'état-major des armées françaises, Edouard Guillaud, a assuré que les 1.600 soldats français et les 5.500 hommes de la force de l'Union africaine (Misca) ont su "juguler en partie la violence", après des mois de tueries interreligieuses entre chrétiens et musulmans. Mais la haine engendrée menace d'empêcher tout avenir commun, dans un pays où les deux communautés vivaient ensemble depuis des générations.

"Au niveau sécuritaire, il y a des éléments d'apaisement", a insisté mardi le ministre français des Affaires étrangères. "Les troupes africaines montent en régime. Des troupes européennes vont nous rejoindre".

A Bangui, les forces internationales ont quasiment neutralisé les combattants musulmans Séléka, qui avaient pris le pouvoir en mars 2013 et multiplié depuis les exactions contre la population essentiellement chrétienne du pays.

Après la démission contrainte le 10 janvier de leur chef, Michel Djotodia, président de transition incapable d'arrêter les violences, les ex-Séléka encore dans la capitale ont été cantonnés dans un camp. Et peu à peu, des détachements de la Misca, parfois appuyés par l'armée française, interviennent dans des quartiers chauds de Bangui où les civils musulmans sont toujours traqués par des miliciens chrétiens anti-balaka et des voyous armés.

Assauts quotidiens des pillards

Dans le quartier Miskine par exemple, les soldats burundais peinent à contrer les assauts quotidiens contre les derniers musulmans, qui refusent d'abandonner commerces et maisons pour s'exiler.

Des dizaines de milliers de leur co-religionnaires - Tchadiens, Ouest-Africains mais aussi Centrafricains - l'ont déjà fait et continuent de le faire, après des décennies de vie commune avec les chrétiens.

A la question de savoir si, après avoir cantonné les ex-Séléka, il n'était pas temps d'en faire autant avec les anti-balaka, l'amiral Guillaud a répliqué: "à Bangui, il n'y a pas que des civils musulmans qui sont tués. Il y a des exactions des deux côtés".

Journalistes et ONG constatent toutefois que les principales cibles dans la capitale sont les civils musulmans.

Aux abords du camp de déplacés de l'aéroport où s'entassent 100.000 personnes, la base des anti-balaka, "Boeing", regorge d'armes, selon Human Rights Watch (HRW).

"Ils ont un millier de grenades, plein de fusils, et les Français nous disent l'autre jour qu'ils ont saisi deux grenades!", s'étrangle Peter Bouckaert, directeur des urgences de HRW.

Massacres quasi quotidiens

Le commandant du contingent français, le général Francesco Soriano, déclarait récemment que ses hommes avaient saisi "plus de 4.000 armes blanches et des centaines de fusils" aux anti-balaka et ex-Séléka.

Il se défend d'un quelconque parti pris: "à Boali (90 km au nord de Bangui), nous sommes tombés en plein flagrant délit de massacre, nous sommes intervenus et nous y restons depuis".

L'armée française y a secouru mi-janvier des centaines de musulmans menacés par des anti-balaka.

Car des massacres ont lieu, presque quotidiennement, en province. Les ex-Séléka, livrés à eux-mêmes depuis le départ de certains chefs et la démission de Michel Djotodia, sillonnent le pays et terrorisent les chrétiens, répandant un peu plus la haine.

Impitoyables ex-Séléka: plusieurs dizaines d'entre eux, échappés du camp Kasai de Bangui en forçant des civils à porter leurs affaires, ont froidement abattu deux de ces derniers qui, éreintés, n'arrivaient plus à suivre, selon HRW.

Insaisissables, aussi: à Sibut (180 km au nord de Bangui), les soudards ont d'abord fait mine d'accepter un cantonnement après l'arrivée en force des Français et de la Misca, avant de s'enfuir.

Désormais, Paris mise sur une mission de l'ONU. "A partir vraisemblablement de l'été, c'est l'ONU qui va prendre le relais", selon M. Fabius.

Entretemps, l'Assemblée nationale française se prononcera par un vote, le 26 février, sur une prolongation de son intervention en Centrafrique, une procédure obligatoire pour les opérations se prolongeant au-delà de quatre mois.

Les Nations unies estiment que 10.000 Casques bleus seront nécessaires pour stabiliser la Centrafrique mais la création d'un tel contingent reste hypothétique. Des renforts européens - 500 hommes - sont attendus d'ici plusieurs semaines.

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