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03/02/2014 11:48 EST | Actualisé 05/04/2014 05:12 EDT

France : face à la contestation, l'exécutif reporte son projet de loi sur la famille

Le gouvernement socialiste français a annoncé lundi le report de son projet de loi sur la famille, initialement prévu en 2014, au lendemain d'une forte mobilisation des défenseurs de la famille traditionnelle, qui a marqué le réveil d'une France conservatrice.

"Le gouvernement ne présentera pas de projet de loi famille cette année", a annoncé à l'AFP l'entourage du Premier ministre Jean-Marc Ayrault. "Les travaux préparatoires doivent se poursuivre", a-t-on expliqué de même source, en faisant valoir aussi que "le calendrier parlementaire est dense".

La veille, des dizaines de milliers de personnes - 100.000 selon la police, 540.000 selon les organisateurs - avaient défilé à Paris et à Lyon (centre-est) pour la défense de "la famille et de l'enfant", un an après des manifestations massives contre le mariage homosexuel.

Initialement, le projet de loi du gouvernement devait être présenté en avril en Conseil des ministres, pour être débattu devant le Parlement au second semestre.

Interrogé par l'AFP, le ministère de la Famille n'a pas souhaité réagir. Il y a quelques jours, la ministre de la Famille, Dominique Bertinotti, expliquait à l'AFP que ce projet de loi devait répondre à la "nécessité de moderniser notre droit" face à la "diversité des modèles familiaux".

La décision du gouvernement de ne pas présenter de texte en 2014 a été qualifiée de "victoire" par les organisateurs des manifestations tenues dimanche. En revanche cette "reculade" a fait grincer les dents à gauche. Les écologistes ont dénoncé "un renoncement consternant", et le Front de gauche (extrême-gauche) estime que la gauche a été "trompée".

Une mesure phare du projet devait consister à mettre à la disposition des familles recomposées de nouveaux "outils juridiques" pour reconnaître le rôle joué par des tiers (notamment les beaux-parents) dans l'éducation des enfants.

Tea party à la française

Le gouvernement avait en revanche écarté la procréation médicale assistée (PMA) ou la gestation pour autrui (GPA, quand une mère porteuse porte l'enfant d'un couple qui a fourni ses embryons) et annoncé qu'il s'opposerait à tout amendement remettant ces sujets sur la table.

Dans une première tentative pour déminer le conflit, le gouvernement avait annoncé lundi matin qu'il s'opposerait "à d'éventuels amendements visant à légaliser en France la PMA et la GPA".

La perspective de voir des couples homosexuels avoir des enfants par la PMA était particulièrement combattue par les manifestants dimanche, issus de la "Manif pour tous" qui avait multiplié les rassemblements contre la loi sur le mariage homosexuel adoptée en mai 2013.

Dans les cortèges se mêlaient familles nombreuses, couples de retraités, prêtres, mais aussi des personnes issues de l'immigration, de confession musulmane, assurant partager "des valeurs communes" avec les manifestants catholiques.

Les rangs étaient renforcés à l'issue d'une nouvelle polémique qui a couru toute la semaine précédente fondée sur une rumeur selon laquelle l'école inciterait les enfants à rejeter leur identité sexuelle, voire même leur apprendrait à se masturber.

Cette rumeur, qui n'a pas de fondement, mais qui a troublé certains parents notamment parmi les musulmans, reprend l'argumentaire de groupes d'extrême droite d'inspiration catholique qui accusent le gouvernement de vouloir imposer la "théorie du genre", interprétée comme la négation de la différence des sexes et la promotion de l'homosexualité.

Les manifestants, qui semblent toujours bien mobilisés et déterminés, font craindre à certains la naissance d'un Tea Party à la française, selon les mots du ministre de l'Intérieur Manuel Valls, du nom de ce rassemblement politique américain, contestataire, hétéroclite et conservateur.

Au cours de la campagne présidentielle de 2012, François Hollande avait rappelé qu'il était favorable à la PMA aux couples de lesbiennes "à condition qu'il y ait "un projet parental", mais qu'il était "hostile à la gestation pour autrui".

Le président socialiste, qui n'a pas réussi à inverser la courbe du chômage en 2013 comme il s'y était engagé, bat aujourd'hui des records d'impopularité, alors que les élections européennes et municipales auront lieu dans les mois qui viennent.

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