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03/02/2014 04:18 EST | Actualisé 04/04/2014 05:12 EDT

Des agents de Western Union aident la fraude, selon des victimes et la police

Des victimes de fraude et la police pressent Western Union de resserrer ses mesures de sécurité, car elles soupçonnent certains de ses agents de permettre des transferts d'argent frauduleux.

L'Ontarien Paramjit Singh et la Britanno-Colombienne Sandra Bohnert ont perdu environ 3000 et 1100 $ respectivement dans une arnaque. Ils ont répondu à une offre d'emploi sur Internet qui consistait à aider Western Union à détecter les failles dans son système de sécurité.

Escroquerie « d'allure professionnelle »

Selon l'homme de Mississauga et la femme de Squamish, l'employeur avait une adresse et un numéro de téléphone en Ontario, et ses courriels, ses correspondances de même que ses appels semblaient tous très professionnels.

Les victimes devaient recevoir un chèque de 5000 $ et l'encaisser à leur banque. Puis, elles ont reçu l'instruction de se rendre dans des succursales Western Union situées dans des Money Mart ou des Walmart, d'inventer des noms de destinataire et de transférer l'argent.

Toutefois, la plupart des transactions ont été conclues. Les fraudeurs ont récupéré l'argent immédiatement après les transferts dans d'autres succursales Western Union, même si les noms de destinataires étaient inventés. Western Union a pourtant comme politique de toujours exiger des pièces d'identité à ceux qui viennent récupérer de l'argent transféré.

Plus d'un 1,5 M$ en fraude

Peu après les transferts, les chèques sans provision qu'avaient déposés les victimes étaient démasqués par leurs institutions financières. Elles étaient alors responsables de redonner l'argent à leurs banques.

Selon le Centre canadien antifraude, pas moins de 1,5 million de dollars ont ainsi été subtilisés à des victimes canadiennes de ce genre de fraude, la plupart au cours des deux dernières années. Ce chiffre ne représente vraisemblablement qu'une fraction du vrai montant, car il ne s'agit que des pertes rapportées à la police.

Selon l'enquêteur de la police de Toronto, Alan Spratt, les agents de Western Union n'ont pas demandé de pièces d'identité dans cette fraude parce qu'ils en faisaient partie. « Nous avons fait enquête sur des agents corrompus », confirme-t-il. « Nous avons déposé des accusations criminelles contre des agents de services de transfert d'argent dans le passé. »

Employés récompensés pour leur zèle

Western Union insiste pour dire qu'elle a de nombreuses mesures en place pour détecter les fraudes et que c'est une priorité pour l'entreprise. « Nous avisons précisément nos clients de ne pas utiliser nos services dans les cas auxquels vous faites référence. Western Union ne devrait pas servir à envoyer de l'argent à quelqu'un qu'on n'a pas rencontré en personne », martèle la porte-parole Anna Alejo.

Celle-ci ajoute que l'entreprise offre des incitatifs financiers à ses agents qui identifient des fraudeurs. Ceux-ci sont entraînés à les reconnaître en succursale, à refuser la transaction ou à la signaler à leur employeur, fait valoir Mme Alejo.

Toutefois, l'entreprise n'a pas souhaité discuter des cas particuliers de M. Singh ou de Mme Bohnert, ni expliquer pourquoi ses agents ont donné l'argent aux fraudeurs, qui ne pouvaient logiquement pas avoir les pièces d'identité correspondant à des noms inventés.

Faire payer les entreprises

L'enquêteur Alan Pratt affirme que des policiers d'autres services et lui-même réclament que les gouvernements réglementent davantage les services de transfert d'argent, afin que les tribunaux puissent leur imposer des amendes lorsqu'ils autorisent des transferts frauduleux. Les policiers voudraient aussi des exigences plus strictes quant à l'identification et au signalement des transactions frauduleuses.

M. Singh soutient que sa banque, BMO, a transféré son compte au recouvrement, car il n'arrive pas à payer le découvert de 3000 $. Pour sa part, Mme Bohnert s'en sort mieux : la Banque TD lui a remboursé l'argent perdu en « geste simple de bonne volonté ». La police de Squamish, où réside Mme Bohnert, enquête sur son cas, mais indique ne pas détenir suffisamment de preuves pour soutenir des accusations.

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