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02/02/2014 10:00 EST | Actualisé 04/04/2014 05:12 EDT

Turquie: ouverture sous haute tension du procès de policiers pour le meurtre d'un manifestant en juin

Le procès de huit personnes, dont quatre policiers, accusés d'avoir battu à mort un manifestant de 19 ans pendant la fronde populaire qui a fait vaciller le gouvernement turc en juin dernier, s'ouvre lundi matin à Kayseri (centre) sous haute tension.

Le palais de justice de la ville a été transformé en camp retranché par les autorités, qui ont mobilisé 2.000 policiers, des canons à eau et un hélicoptère pour assurer la sécurité des débats dans cette affaire emblématique de la répression ordonnée par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan contre les contestataires.

Plusieurs partis d'opposition et ONG ont appelé à un rassemblement devant le palais de justice pour "réclamer justice" et "demander des comptes" au pouvoir, déjà éclaboussé depuis un mois et demi par un scandale de corruption sans précédent.

Le 2 juin 2013, Ali Ismail Korkmaz, 19 ans, a été roué de coups par un groupe de plusieurs individus alors qu'il tentait d'échapper à une charge de la police lors d'une manifestation anti-Erdogan à Eskisehir, une grande ville étudiante de l'ouest de la Turquie.

Victime d'une hémorragie cérébrale, le jeune étudiant a succombé à ses blessures le 10 juillet après 38 jours de coma.

Les huit accusés qui comparaissent à partir de lundi, ont été filmés par des caméras de surveillance en train de frapper le jeune homme à terre avec des battes de baseball et des matraques. Poursuivis pour "meurtre avec préméditation", ils risquent la prison à vie.

La famille de la victime et ses soutiens ont annoncé leur intention de faire de cette affaire le procès des violences policières.

"J'irai au procès de mon fils assassiné dans une embuscade", a expliqué dans la presse turque Emel Korkmaz, sa mère, résolue à "regarder droit dans les yeux" les meurtriers présumés de son fils qui portait un T-shirt revêtu du slogan "paix dans le monde" lors de sa mort. "Mon fils ne me reviendra pas mais je veux que ses tueurs soient punis", a-t-elle dit.

"La victime n'a rien fait d'autre que de participer à une manifestation", a renchéri l'un des avocats de la famille, Pinar Celik Arpaci.

Critiques et inquiétudes

Dès l'ouverture du procès, les parties civiles entendent dénoncer le dépaysement du procès à plus de 500 km du lieu des faits. "C'est une aberration", a indiqué à l'AFP une autre avocate de la famille, Me Heval Yildiz Karasu, "les faits se sont produits à Eskisehir et le procès aurait dû s'ouvrir dans cette ville".

Le Parti de la paix et de la démocratie (BDP, pro-kurde), qui a appelé à manifester lundi matin, a lui aussi déploré cette décision. "Chaque fois qu'un membre des forces de sécurité est mis en cause, on recourt à cette méthode et à chaque fois les suspects bénéficient d'un jugement clément", a-t-il déploré dans un communiqué.

L'affaire Korkmaz est l'une des rares procédures judiciaires ouvertes contre les forces de l'ordre turques après la fronde de juin 2013.

Selon l'association des médecins de Turquie, la fronde partie de la place Taksim d'Istanbul avant de se propager à tout le pays, a fait au total six morts et plus de 8.000 blessés. Plusieurs milliers de personnes ont été interpellées.

Le premier grand procès de manifestants, que M. Erdogan avait qualifiés de "vandales", doit s'ouvrir au printemps à Istanbul avec 255 accusés.

L'image du chef du gouvernement a été sérieusement écornée par la répression de ce mouvement, qui dénonçait sa dérive autoritaire et sa volonté d'"islamiser" la société turque. Amnesty International a dénoncé des violations "à très grande échelle" des droits humains.

M. Erdogan, qui règne sans partage sur la Turquie depuis 2002, est à nouveau sérieusement malmené, cette fois par un scandale politico-financier sans précédent qui vise des dizaines de ses proches dans plusieurs enquêtes de corruption.

A deux mois des élections municipales, cette affaire a déjà provoqué la démission de trois ministres et précipité un remaniement ministériel. Conjuguée à la fragilité financière des pays émergents, cette crise a aussi accéléré la chute de la devise turque et avivé l'inquiétude des marchés sur l'avenir économique du pays.

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