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02/02/2014 11:13 EST | Actualisé 04/04/2014 05:12 EDT

Les soldats ukrainiens peu enclins à disperser les manifestants (analystes)

Restée jusqu'à présent à l'écart de la profonde crise qui secoue le pays, l'armée ukrainienne est peu encline à intervenir contre les manifestants pro-européens, ce qui rend difficile l'instauration de l'état d'urgence, estiment les analystes.

L'armée est sortie vendredi pour la première fois de sa réserve, pour demander des "mesures d'urgence" au président Viktor Ianoukovitch. Cette déclaration a relancé les craintes sur l'introduction de l'état d'urgence, alors que le régime est confronté à une contestation sans précédent depuis plus de deux mois, au cours de laquelle des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont fait quatre morts et 500 blessés, selon des bilans officiels.

Jusqu'à présent, l'armée ukrainienne est toujours restée neutre, comme elle l'avait été pendant la Révolution orange de 2004 qui renversa le pouvoir en place et porta au pouvoir des pro-occidentaux.

Pour l'expert militaire Valentin Badrak, "il sera presque impossible d'instaurer l'état d'urgence" en raison de l'état d'esprit des militaires.

Payés comme des caissières

"L'armée est dans un état déplorable. Les militaires n'ont pas de protection sociale. Ils savent que l'armée n'est pas une priorité pour l'Etat. Le budget militaire ne cesse de diminuer, il est inférieur au budget de la police", a indiqué à l'AFP M. Badrak, directeur du Centre de recherche sur l'armée, la démilitarisation et le désarmement à Kiev.

L'armée est hétéroclite: les généraux qui ont fait carrière à l'époque soviétique sont a priori "prêts à remplir n'importe quel ordre", selon lui.

Mais "ils savent que l'armée est sur le bas-côté et qu'ils ne seront pas récompensés", ajoute cet expert.

Les officiers, qui gagnent l'équivalent de 300 euros "comme les caissières au supermarché", sont de leur côté amers à l'égard du pouvoir.

Quand aux forces vives, les soldats, qui ont grandi dans l'Ukraine post-soviétique, ils "font partie de la génération qui partage les idéaux du Maïdan", le nom ukrainien de la Place de l'Indépendance qui symbolise la contestation, déclare l'expert.

Pour Serguï Zgourets, un autre expert militaire, la déclaration de vendredi n'engage que la hiérarchie du ministère de la Défense et l'état-major "qui montrent ainsi leur loyauté envers le président".

"Les militaires sont divisés", ajoute-t-il.

Rétropédalage

Sans préciser quelles mesures d'urgence les militaires souhaitaient, le ministre de la Défense Pavlo Lebedev et le chef de l'état-major Volodymyr Zamana ont nuancé samedi leur position en insistant plutôt sur le "règlement pacifique" de la crise politique.

Le général Zamana a souligné dans un communiqué que "personne n'avait le droit d'utiliser les forces armées pour limiter les droits des citoyens".

Le ministre Lebedev a dit que les militaires souhaitaient "un règlement pacifique pour éviter un bain de sang".

Pavlo Lebedev a également affirmé que l'action du président Viktor Ianoukovitch était soutenue par "l'écrasante majorité, soit 87% des effectifs".

L'ex-ministre de la Défense et opposant Anatoli Gritsenko a affirmé cette semaine dans son blog que les militaires ukrainiens avaient en fait été contraints de mettre leur signature sous "l'appel au président" sous peine d'être limogés.

Il s'est félicité du fait que nombre d'entre eux aient refusé de le faire.

"A en croire les chiffres du ministre Lebedev, 13% ne soutiennent pas le scénario de force contre les manifestants", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Compte tenu de la pression exercée par le tsar (Viktor Ianoukovitch, ndlr), c'est un bon résultat dans la structure conservatrice qu'est l'armée", a-t-il souligné.

os-neo/via/lpt

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