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02/02/2014 01:56 EST | Actualisé 03/04/2014 05:12 EDT

Combats dans le nord du Yémen: les rebelles chiites progressent face aux tribus

Les rebelles chiites du nord du Yémen ont progressé dimanche face aux tribus à la faveur de violents affrontements, gagnant du terrain avant la délimitation des provinces devant former le nouvel État fédéral.

Des centaines de combattants d'Ansarullah, nom de ces rebelles zaïdites --une branche du chiisme--, ont pris le contrôle de la localité de Houth, à 180 km au nord de Sanaa, et de la région d'Al-Khamri, fief de la puissante tribu des Hached, ont indiqué des témoins et des sources tribales.

"Nous avons pris le contrôle de Houth et Al-Khamri, et les membres des Hached appuyés par des extrémistes takfiris (extrémistes sunnites) ont pris la fuite", a déclaré à l'AFP le porte-parole des rebelles, Mohamed Abdessalam.

Il a affirmé que les combats avaient fait "des morts et des blessés" dans les rangs des rebelles, sans autre précision.

Aucun bilan global n'a pu être obtenu de ces combats qui, selon des sources concordantes, se poursuivaient par intermittence en soirée. Au moins 60 personnes ont été tuées vendredi.

Les affrontements ont éclaté le 5 janvier.

Les rebelles zaïdites, fortement implantés dans le nord du pays où ils contrôlent notamment la province de Saada, tentent de gagner du terrain avant la délimitation des provinces qui formeront le nouvel Etat fédéral yéménite.

Le dialogue national, qui vient de s'achever avec notamment la participation d'Ansarullah, a permis de tracer les grandes lignes de ce futur Etat.

Mais le plus dur, notamment le découpage des provinces, reste à faire, selon des experts qui craignent que les violences à travers le Yémen ne fassent dérailler la transition dans ce seul pays du Printemps arabe où un soulèvement populaire a abouti à un règlement négocié.

Ainsi, une attaque à la voiture piégée visant le siège du gouverneur de la province de Daleh dans le sud du Yémen a été évitée de justesse vendredi, grâce à la vigilance des gardes qui ont fait exploser le véhicule avant qu'il n'atteigne sa cible, ont indiqué les autorités dimanche.

D'autre part, le ministère des Affaires étrangères a indiqué qu'un ressortissant allemand enlevé vendredi à Sanaa par des membres d'une tribu était détenu par ses ravisseurs dans la province de Marib (est).

Prise de contrôle symbolique

La prise par les rebelles zaïdites de la demeure familiale des Al-Ahmar, chefs traditionnels des Hached, la plus puissante confédération tribale du Yémen, revêt une importance symbolique.

Le chef tribal Hussein Al-Ahmar a évacué la demeure avec ses partisans et donné l'ordre d'y mettre le feu, selon des témoins.

Mais le porte-parole des rebelles a assuré que ses hommes avaient pu empêcher la propagation de l'incendie et saisir "des quantités d'armes" qui se trouvaient dans la maison.

Selon des sources tribales, les divisions au sein des Hached, notamment entre leur chef, cheikh Sadeq Al-Ahmar, et l'ancien président Ali Abdallah Saleh, pourraient expliquer leur défaite rapide.

L'ancien président a dû quitter le pouvoir il y a deux ans mais continue de diriger le Congrès populaire général (CPG, ancien parti au pouvoir), ses détracteurs l'accusant de tenter de déstabiliser le pays.

Le représentant spécial de l'ONU pour le Yémen, Jamal Benomar, avait souligné la semaine dernière dans un rapport devant le Conseil de sécurité de l'ONU, que "des membres de l'ancien régime continuaient de manoeuvrer pour faire obstacle au changement et faire échouer la transition".

Cette "obstruction systématique" risque de "replonger le pays dans le chaos", avait-il averti.

Selon des diplomates, le Conseil de sécurité prépare un projet de résolution prévoyant des sanctions contre les partisans de l'ancien régime qui tentent de bloquer la transition politique, et certains pays souhaitent que l'ex-président soit désigné nommément.

Le Yémen, miné par les violences et la pauvreté, est engagé dans une transition extrêmement délicate, qui devait théoriquement se terminer en février 2014. Mais le dialogue national, boycotté par les indépendantistes sudistes, a prolongé la période de transition, accordant un délai d'un an pour l'adoption d'une nouvelle Constitution par voie référendaire, sur la base de laquelle se tiendront des élections générales.

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