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01/02/2014 06:02 EST | Actualisé 03/04/2014 05:12 EDT

Thaïlande: violents heurts entre manifestants à la veille des élections

Des violences ont éclaté samedi à Bangkok entre manifestants pro et antigouvernement, faisant plusieurs blessés à la veille de législatives à haut risque que les opposants à la Première ministre Yingluck Shinawatra ont promis d'empêcher.

Des tirs nourris ont eu lieu pendant au moins une heure dans le quartier de Lak Si, au nord de la capitale, selon un journaliste de l'AFP qui a également entendu plusieurs explosions.

Journalistes et passants se sont réfugiés dans un centre commercial à proximité.

Le centre de secours Erawan a indiqué qu'au moins trois personnes avaient été hospitalisés après ces heurts entre d'un côté des manifestants qui veulent empêcher le vote de dimanche et de l'autre des partisans du gouvernement.

Selon la police, au moins deux cocktail Molotov ont également été jetés.

Les incidents ont éclaté alors qu'un groupe de partisans du gouvernement s'est approché de manifestants qui bloquaient un bâtiment où se trouvaient les urnes devant être réparties dans divers bureaux de vote.

La Première ministre Yingluck Shinawatra fait face depuis trois mois à des manifestations quasi quotidiennes réclamant sa tête et la fin de l'influence de son frère Thaksin, ancien chef de gouvernement renversé par un coup d'Etat militaire en 2006.

Le milliardaire en exil est accusé de continuer à gouverner à travers sa soeur et d'avoir mis en place un système de corruption généralisée en faveur de ses alliés.

Les manifestants, alliance hétéroclite des élites de Bangkok, d'ultra-royalistes et d'habitants du sud, veulent remplacer le gouvernement par un "conseil du peuple" non élu et ont ainsi promis de tout faire pour empêcher les législatives anticipées de dimanche.

"Le gouvernement est corrompu. Si nous laissons le vote se produire, ils vont revenir", a déclaré Sirames, un des manifestants rassemblés à Lak Si, avant que les violences n'éclatent.

Le chef du Conseil de sécurité nationale Paradorn Pattanatabut a précisé que des manifestants bloquaient également des bureaux de poste dans le sud du pays pour empêcher l'acheminement des urnes et des bulletins vers plusieurs provinces.

La crise qui dure depuis l'automne a déjà fait au moins dix morts, notamment provoquées par des attaques à la grenade et des tirs d'auteurs non identifiés sur des manifestants.

Les incidents les plus violents avaient eu lieu fin novembre lorsque cinq personnes avaient tuées dans des circonstances floues en marge d'affrontements entre manifestants antigouvernement et membres du mouvement pro-Thaksin des "chemises rouges".

En raison des risques de violences, quelque 130.000 policiers doivent être déployés dimanche dans tout le pays pour protéger les 93.500 bureaux de vote.

Malgré l'état d'urgence en vigueur à Bangkok, les manifestants avaient en effet déjà fortement perturbé dimanche dernier le vote par anticipation destiné aux Thaïlandais ne pouvant être présents dans leur circonscription le 2 février.

Quelque 440.000 électeurs --sur 2 millions inscrits-- n'avaient pas pu mettre leur bulletin dans l'urne et un scrutin de remplacement doit être organisé le 23 février.

Le Puea Thai au pouvoir est une nouvelle fois favori de ces élections, une victoire d'autant plus annoncée que la principale formation d'opposition, le Parti démocrate, boycotte le scrutin.

Mais en raison de la situation politique, la commission électorale a prévenu que les résultats définitifs des élections pourraient ne pas être connus avant des mois.

Même avec des résultats, le Parlement ne pourra de toute façon pas se réunir, faute d'un quorum de 95% des députés. Plusieurs circonscriptions ne comptent en effet aucun candidat, les manifestants ayant empêché l'enregistrement des candidatures.

Cette crise n'est qu'un nouvel épisode d'un cycle de violences politiques précipité par le coup d'Etat contre Thaksin, aujourd'hui en exil pour échapper à la prison pour malversations financières.

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