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01/02/2014 09:55 EST | Actualisé 03/04/2014 05:12 EDT

La Thaïlande vote pour des législatives à haut risque

Les Thaïlandais votaient dimanche lors de législatives à haut risque, perturbées par les manifestants au lendemain d'une bataille de rue à Bangkok, dernier soubresaut d'une crise qui a fait plus de dix morts en trois mois.

"J'ai accompli mon devoir en venant voter (...) Je n'ai pas peur", explique Pui, 43 ans, dans un bureau de vote du centre de Bangkok quasi désert, tout en reconnaissant que ce scrutin est "chaotique".

La veille encore, en plein jour dans la capitale, une bataille de rue entre militants pro et antigouvernementaux a fait plusieurs blessés par balles. Les images de ces tirs nourris, explosions et scènes de panique de passants, risquent d'avoir effrayé de nombreux électeurs.

Les bureaux de vote ont néanmoins ouvert dans leur ensemble à 08h00 (01H00 GMT) et la Première ministre Yingluck Shinawatra a été parmi les premières à glisser son bulletin dans l'urne, dans le bureau de vote de son quartier, sous haute surveillance policière.

Refusant de démissionner purement et simplement comme le réclament les manifestants depuis trois mois, la Première ministre avait proposé ces législatives comme une sortie de crise. Mais l'opposition boycotte le scrutin et les élections sont très perturbées.

Les manifestants ont en effet empêché l'organisation du scrutin dans plus de 10% des circonscriptions (45 sur 375). "Des bulletins de vote et des urnes ont été bloqués dans les centres de distribution assiégés par les manifestants", a expliqué la commission électorale à l'AFP.

Cette alliance d'ultra-royalistes et d'électeurs lassés de l'emprise du "clan Shinawatra" sur la direction du pays est unie par sa haine de Thaksin Shinawatra. L'ancien Premier ministre a été renversé par un coup d'Etat en 2006, mais continue à gouverner via sa soeur Yingluck selon eux.

"Conseil du peuple" contre élections

Ils réclament le remplacement de son gouvernement par un "conseil du peuple" non élu, repoussant les élections à plus d'un an, et s'opposent à un scrutin qui selon eux ne fera que prolonger l'emprise du parti Puea Thai au pouvoir.

Si Yingluck a plusieurs fois indiqué que les élections étaient pour elle la meilleure sortie de crise, les experts doutent que le scrutin ne change la donne.

La profonde fracture dans la société entre pro et anti Thaksin est déjà à l'origine de plusieurs épisodes de violences politiques depuis 2006, notamment en 2010 lorsque le mouvement des "chemises rouges" pro-Thaksin avait été réprimé par l'armée, faisant plus de 90 morts.

Alors que la crise actuelle a déjà fait au moins dix morts et des centaines de blessés, quelque 130.000 policiers devaient être déployés dimanche dans tout le pays pour protéger les dizaines de milliers de bureaux de vote.

Malgré l'état d'urgence en vigueur à Bangkok, les protestataires ont déjà en effet fortement perturbé le vote par anticipation dimanche dernier.

Quelque 440.000 électeurs, sur 2 millions inscrits, n'avaient pas pu voter et un scrutin de remplacement doit être organisé le 23 février.

Le Puea Thai au pouvoir est néanmoins favori de ces législatives, une victoire d'autant plus attendue que la principale formation d'opposition, le Parti démocrate, boycotte le scrutin.

Mais en raison de la situation politique, la commission électorale a prévenu que les résultats définitifs pourraient ne pas être connus avant des mois. Seuls des résultats partiels sont attendus dimanche soir.

De toute façon, le Parlement ne pourra pas se réunir, faute d'un quorum de 95% des 500 députés. Outre le blocage de la distribution des bulletins de vote, plusieurs circonscriptions ne comptent aucun candidat, les manifestants ayant empêché l'enregistrement des candidatures.

Cette nouvelle crise intervient au moment où nombre de Thaïlandais s'inquiètent de la santé du roi Bhumibol Adulyadej, 86 ans, sur le trône depuis plus de 60 ans. Et l'identité de la personne qui dirigera le gouvernement pour assurer la transition après lui est une question cruciale.

Parmi les suites évoquées par les analystes faute d'accord politique entre les deux parties, certains pensent à un possible coup d'Etat militaire.

D'autres penchent plutôt pour un "coup d'Etat judiciaire" forçant la Première ministre au départ, une arme déjà utilisée par le passé contre les gouvernements "pro-Shinawatra".

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