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31/01/2014 09:45 EST | Actualisé 02/04/2014 05:12 EDT

Ukraine: les images d'un militant disant avoir été torturé attisent les tensions

KIEV, Ukraine - Les images sanglantes du militant de l'opposition ukrainien Dimitri Boulatov, qui a dit avoir été enlevé et torturé pendant plus d'une semaine, ont attisé les craintes parmi les manifestants antigouvernementaux que des escouades extrajudiciaires soient déployées pour intimider les membres du mouvement.

La police ukrainienne a lancé vendredi une enquête pour tenter de faire la lumière sur la disparition d'un militant de l'opposition qui prétend avoir été détenu et torturé pendant plus d'une semaine.

L'homme de 35 ans, Dimitri Boulatov, est un membre d'Automaidan, un regroupement d'automobilistes qui participe aux manifestations contre le président Viktor Ianoukovitch. Il manquait à l'appel depuis le 22 janvier.

M. Boulatov a été retrouvé à proximité de Kiev jeudi. Il affirme que ses ravisseurs l'ont sauvagement battu, en plus de lui enfoncer des clous dans les mains, de lui sectionner une partie de l'oreille et de lui taillader le visage. Il dit être incapable d'identifier les responsables, puisqu'il aurait été détenu dans le noir pendant tout ce temps.

Ses ravisseurs l'auraient abandonné dans une forêt au bout d'une semaine.

«Ils m'ont crucifié, ils ont cloué mes deux mains. Ils ont coupé mon oreille, ils ont coupé mon visage. Il n'y a pas un seul endroit sur mon corps qui n'a pas été battu, a déclaré M. Boulatov à la chaîne télévisée Channel 5. Mais grâce à Dieu je suis toujours vivant.»

Le visage et les vêtements de M. Boulatov étaient recouverts de sang coagulé. Ses mains étaient enflées et portaient des marques de clous. La police affirme que la voiture qu'il conduisait au moment de sa disparition a été retrouvée.

L'opposition avait organisé une vaste campagne pour tenter de retrouver M. Boulatov, offrant même une récompense de 25 000 $ US.

Un autre militant, Oleksi Hritensko, a affirmé que les membres d'Automaidan font l'objet d'une pression énorme. Leurs voitures auraient été vandalisées et les propriétaires battus et intimidés. M. Hritensko a montré à l'Associated Press un texto de source inconnue qui semble le menacer de mort.

Certains leaders de l'opposition estiment que le gouvernement est prêt à tout pour se maintenir au pouvoir, incluant l'envoi d'escouades de tortionnaires.

Olexandre Turchynov, figure bien en vue de l'opposition, a accusé le gouvernement d'avoir orchestré les attaques contre M. Boulatov et d'autres militants.

«L'Ukraine a vécu un mariage entre les organisations chargées de faire respecter la loi et le crime organisé, qui fonctionnent en une entité unique qui utilise les structures criminelles pour combattre l'opposition et son propre peuple», a fait valoir M. Turchynov aux médias.

Le ministère de l'Intérieur a dit enquêter sur l'affaire Bulatov, mais l'a aussi accusé d'avoir refusé de coopérer. Oleh Tatarov, chef adjoint de la principale division d'enquête du ministère, a soutenu que l'enlèvement de M. Boulatov pourrait avoir été une mise en scène visant à attiser les tensions contre le gouvernement.

Tard vendredi, le ministère a envoyé des enquêteurs à l'hôpital où est traité M. Boulatov pour l'interroger, affirmant qu'en plus d'être la victime d'un enlèvement, il est soupçonné de l'organisation de troubles massifs de l'ordre public dans les manifestations.

La Maison-Blanche a dit être consternée par les signes de torture contre M. Boulatov.

Le porte-parole Jay Carney a affirmé que l'administration Obama s'inquiète des signalements croissants de disparitions et de mauvais traitements contre des manifestants et des attaques contre des journalistes. M. Carney a aussi dit que le gouvernement s'inquiétait particulièrement des informations laissant croire que les forces de sécurité ukrainiennes sont impliquées.

Le porte-parole de la Maison-Blanche a pressé le gouvernement ukrainien à enquêter sur ces crimes et faire rendre des comptes aux responsables.

M. Carney a réitéré qu'une solution politique était la seule manière de mettre un terme à des mois de conflits entre le gouvernement ukrainien et la population.

Deux autres manifestants, Igor Loutsenko et Iouri Verbitski, ont aussi été portés disparus au cours des dernières semaines. Les deux hommes ont été sauvagement battus et M. Verbitski a plus tard été retrouvé mort.

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a publié un communiqué dans lequel elle se dit «outrée par les signes évidents de torture et de traitement cruel prolongés» de M. Boulatov. Elle a aussi dénoncé la mort de M. Verbitski.

«Ce ne sont que deux exemples du ciblage dont font l'objet les organisateurs et les participants à des manifestations pacifiques, a-t-elle dit. Tous les gestes de ce genre sont inacceptables et doivent cesser immédiatement. Les autorités ont la responsabilité de prendre toutes les mesures nécessaires pour s'attaquer à l'ambiance actuelle d'intimidation et d'impunité qui permet à de tels actes d'être commis. Toutes les personnes détenues illégalement doivent être libérées et les auteurs de crimes traduits en justice.»

Par ailleurs, le président Viktor Ianoukovitch a signé vendredi la loi qui accorde une amnistie aux manifestants, à condition qu'ils libèrent les édifices gouvernementaux qu'ils occupent.

L'opposition a immédiatement rejeté cette offre et répété que tous les manifestants détenus doivent être libérés sans conditions.

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