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31/01/2014 09:38 EST | Actualisé 02/04/2014 05:12 EDT

Le Zimbabwe craint une nouvelle crise financière

Après plusieurs années de calme relatif, les Zimbabwéens redoutent une nouvelle crise économique et financière, leur pays risquant d'être une prochaine victime du rejet des marchés émergents.

"Nous sommes déjà dans une crise, et nous nous dirigeons vers ce qui pourrait être une crise plus grave", estime l'économiste indépendant John Robertson. Car c'est au moment où le Zimbabwe a le plus besoin d'argent frais pour relancer son économie que les marchés snobent les pays émergents.

La dollarisation de l'économie engagée en 2009 a mis fin à une hyperinflation ravageuse qui a durablement appauvri les Zimbabwéens, mais le chômage reste endémique et la banque centrale prévient que le rebond observé ces dernières années s'essouffle dangereusement.

Les entreprises doivent composer avec des délestages d'électricité fréquents et des infrastructures de communication défaillantes - quand elles fonctionnent encore.

Une "crise grave et persistante de liquidités" - selon les termes de la banque centrale - signifie que de nombreuses sociétés ne peuvent accéder aux crédits nécessaires pour démarrer ou poursuivre leurs activités.

Les entreprises licencient environ 300 personnes chaque semaine, selon la principale fédération syndicale.

"Nous avons besoin d'argent pour faire fonctionner l'entreprise, mais c'est cher d'emprunter auprès des banques. Les taux d'intérêt sont scandaleux", regrette Ashwin Sirewu, qui dirige une entreprise de transport familiale. "Nous allons passer l'année à essayer de ne pas sombrer au lieu de penser à l'expansion de nos activités."

Les économistes estiment que le pays fonctionne au tiers de sa capacité.

Ces difficultés se traduisent par un déficit des comptes courants qui devrait atteindre 22% du Produit intérieur brut (PIB) cette année. Ce qui signifie que plus du cinquième de toute la richesse produite cette année va quitter le pays.

Une bonne partie de ce déficit vient de la dépendance du Zimbabwe envers les importations en provenance d'Afrique du Sud et du Botswana, même pour des produits de base comme le savon.

Le gouvernement a longtemps mis en cause les sanctions frappant le pays, mais celles-ci ne frappent actuellement que les proches de Robert Mugabe.

"Il nous manque la confiance des investisseurs"

En fait, ce sont surtout les lois d'"indigénisation" qui font fuir les entrepreneurs. Elles exigent que les Zimbabwéens noirs possèdent des participations majoritaires dans des entreprises, ce qui décourage totalement les investisseurs étrangers.

"Le gouvernement devrait commencer à travailler à des politiques d'investissement, parce qu'il nous manque la confiance des investisseurs, pour attirer des investissements à long terme", avance le président de la Chambre nationale de commerce, Davison Norupiri. "Il n'y a pas de capitaux frais qui entrent dans le pays."

Or les investisseurs étrangers ont actuellement plutôt tendance à se retirer des marchés émergents.

Et alors que l'on parle beaucoup des reflux de capitaux d'Afrique du Sud, de Turquie ou d'Argentine, le Zimbabwe, petite économie qui ne pèse que 11 milliards de dollars, risque de devenir une victime silencieuse de ce phénomène.

"Cela va nous mettre dans une situation embarrassante, le gouvernement et les entreprises vont avoir du mal à payer les salaires", s'inquiète l'économiste John Robertson.

Le secteur bancaire risque de souffrir particulièrement.

La banque centrale du Zimbabwe avait demandé aux banques d'avoir au moins 100 millions de dollars de dépôts d'ici le mois de juin, avant de finalement repousser cette échéance au 31 décembre 2020.

Elle-même a du mal à apporter entre 150 et 200 millions de dollars à un fonds chargé de faire face aux coups durs, mais a promis de le faire d'ici mars.

Et en cas de coup dur, le Zimbabwe ne pourra pas compter sur le Fonds monétaire international (FMI), le pays ayant déjà été en défaut de paiement et la politique économique de Robert Mugabe étant fort peu compatible avec les principes du FMI.

Avec une dette extérieure qui atteint 6,1 milliards de dollars, le marché obligataire n'est pas non plus une option viable.

Quant aux espoirs suscités par les mines de diamants de Marange (est), ils s'estompent car fort peu d'argent arrive au final dans les coffres de l'Etat. Et les mineurs disent maintenant que les gisements s'épuisent. L'eldorado espéré du diamant ne pourra sans doute pas sauver le petit Zimbabwe d'une grave crise financière.

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