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31/01/2014 12:45 EST | Actualisé 01/04/2014 05:12 EDT

Haïti: par le dialogue, l'Eglise veut éviter une "explosion" politique (cardinal)

L'église catholique haïtienne parraine depuis une semaine un dialogue qui réunit parlementaires et membres du gouvernement pour trouver une solution à la crise et éviter une "explosion" politique du pays, selon le mot du premier cardinal haïtien de l'histoire.

"Plus on prend de temps à ne pas poser les problèmes entre les différents protagonistes, plus on court le risque d'une explosion dans le pays", a déclaré Mgr Chibly Langlois, qui conduit les discussions, lors d'un entretien accordé à l'AFP.

Le dialogue inter-haïtien doit déboucher sur un accord censé notamment permettre d'organiser des élections législatives, municipales et locales, des scrutins qui auraient dû être organisés il y a au moins deux ans.

"Un seul acteur ne peut pas résoudre tous les problèmes du pays. Il faut mettre ensemble les différents acteurs de telle sorte qu'on puisse confronter les visions et dégager une piste de solution pour Haïti", a soutenu Mgr Langlois dont la création comme cardinal a été annoncée par le pape François il y a deux semaines.

"Je crois que c'était une nécessité et une urgence de mettre les acteurs politiques autour d'une table, car la situation socio-économique du pays pose cette nécessité. Il y a aussi une crise chronique de la gouvernance. Alors pour ne pas arriver au pire, ils doivent se parler", a-t-il dit.

Une cinquantaine de représentants de partis politiques, des parlementaires et des représentants du président haïtien Michel Martelly se rencontrent depuis une semaine dans un hôtel de la capitale Port-au-Prince pour mettre à plat leurs différends et trouver une issue à la crise politique.

"Nous voyons qu'il y a de la bonne foi de la part des acteurs ainsi que la volonté de parvenir à un accord, mais chaque partie impliquée dans les négociations tente de défendre son point de vue", a indiqué l'évêque mettant en garde contre un échec des pourparlers.

"S'ils n'acceptent pas de continuer à chercher ensemble des pistes de solutions, ils vont causer l'échec du dialogue. Ce ne sera pas l'échec de l'Église", a-t-il conclu.

Cathédrale en ruine

Parallèlement, Mgr Langlois a souligné que quatre ans après le séisme de 2010, la majorité de la population haïtienne vit toujours dans une situation économique précaire. Selon des chiffres officiels, plus de 170.000 personnes vivent encore dans des camps et l'insécurité alimentaire touche un Haïtien sur trois.

"La situation est catastrophique. Les gens ne travaillent pas et ne peuvent pas gagner leur vie. L'église est très préoccupée et elle fait face aussi à des difficultés pour répondre à ses exigences pastorales", a reconnu Mgr Langlois qui a noté que la cathédrale de Port-au-Prince, détruite par le séisme, est toujours en ruine.

"Nous n'avons pas les moyens nécessaires pour lancer les travaux de reconstruction, parce que nous sommes également très limités sur le plan économique. Nous connaissons chaque jour ces difficultés avec nos fidèles et nous souffrons de ne pas pouvoir les accompagner comme il le faut", a-t-il regretté.

"Les différentes institutions du pays sont bloquées alors que la population haïtienne fait face à de nombreuses difficultés. La misère bat son plein, les gens ne peuvent pas répondre à leurs besoins", a-t-il ajouté.

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