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31/01/2014 06:23 EST | Actualisé 02/04/2014 05:12 EDT

Dans le quartier Lakouanga de Bangui, chrétiens et musulmans ensemble, face aux violences

Devant le "New Texas", bistrot du quartier Lakouanga, Maxwell, Ludivine et Justin, devisent paisiblement, assis sur des chaises en plastique. Ces jeunes chrétiens font de leur quartier un sanctuaire pour leurs amis d'enfance musulmans, une oasis dans Bangui déchirée par les violences interreligieuses.

"Dans les années 60, les Sénégalais, les Maliens sont arrivés. Ils ont fondé des familles, leurs enfants ont grandi avec nous", explique Maxwell.

"A cause des exactions des Séléka (ex-rebelles musulmans) ils sont visés. Mais nous on les connaît, on n'accepte pas". Alors, les jeunes ont créé "un mouvement d'auto-défense pour protéger boutiques et mosquée" des musulmans. Car, explique Maxwell, "les gens d'ici réfléchissent, ils ont été à l'école contrairement à d'autre quartiers où ça passe pas dans leur tête".

Effectivement, la vieille mosquée dans la ruelle proche est intacte, contrairement à la plupart des mosquées des quartiers mixtes. Seul le temps menace ces murs décatis qui partent en lambeaux.

Le président de l'association est un musulman, Alain Ngarit.

"On fait une sensibilisation de proximité, maison par maison. La paix est un comportement", explique-t-il. "Ce n'est pas un problème religieux, mais avant tout un problème politique."

"Nous menons une mission +IEC+: Informer, Eduquer, Communiquer", dit fièrement Maxwell.

L'imam de la mosquée, cependant, a fui la menace des milices chrétiennes anti-balaka qui traquent les musulmans. Comme une bonne partie d'autres coreligionnaires du quartier. Ils sont remplacés par 800 déplacés venus se réfugier dans Lakouanga.

Mais les prières à la mosquée ont quand même lieu tous les jours, à deux cent mètres de l'église catholique Saint-Martyr de l'Ouganda, située par delà un canal qui draine des eaux sales.

"C'est notre frère, on le protège", explique Maxwell en désignant Alain Ngarit, qui dit avoir abandonné "les signes extérieurs d'un musulman".

Il désigne un alignement de pauvres concessions aux tôles rouillées appartenant à des musulmans: elles sont vides, mais pas pillées contrairement à toutes les autres maisons de musulmans abandonnées sous la menace, dans les autres quartiers.

Une petite vie tranquille

Dans la ruelle, s'écoule une petite vie tranquille: marchande de bois venue des lointaines forêts, lavage du linge, ouvriers perchés en haut d'un pylône électrique. Petite, mais précieuse.

"Ca va aller, ca va changer", veut croire Alain Ngarit. "Tiens, voici notre chef de quartier adjoint!". La chef de quartier, une musulmane, a fui.

Camille Ngbamgamdimbo marche nonchalamment. Il est d'accord: "Ca ira mieux, nos enfants sont éduqués". Camille est éducateur sportif, ancien international de football.

La menace potentielle vient du quartier proche Sango. "On fait comprendre aux jeunes excités qu'il ne faut pas venir ici". Un poste de soldats burundais de la force africaine Misca se trouve à 500 mètres. Mais, avant tout, la chance des musulmans d'ici est que leurs voisins immédiats ne les attaquent pas, contrairement aux autres quartiers mixtes.

Maxwell, qui tient à la main avec négligence un vibro-masseur emballé dans du plastique, explique que l'association a ouvert un garage et le New Texas, ici appelé une "cave", qu'il tient à faire visiter. A l'intérieur deux peintures murales: un lion, et une pulpeuse blonde en string.

"On a eu des ennuis au début avec la Misca, car on reste ouvert après le couvre-feu (17H00 GMT). Maintenant, ça va, on va jusqu'à 21, 22 heures, on tente de vivre un peu mieux". Les caisses de bière vides empilées contre le mur en témoignent.

jpc/cl/aub

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