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30/01/2014 05:35 EST | Actualisé 01/04/2014 05:12 EDT

Ukraine: Ianoukovitch part en congé de maladie pour une période indéterminée

KIEV, Ukraine - Le bureau du président ukrainien Viktor Ianoukovitch a annoncé jeudi qu'il sera en congé de maladie pour une période indéterminée, ce qui jette une ombre importante sur le rôle qu'il pourra jouer pour régler la crise socio-politique grave qui secoue son pays depuis le mois de novembre.

Un communiqué mis en ligne sur le site internet présidentiel révèle que M. Ianoukovitch souffre d'une maladie respiratoire sévère et d'une fièvre importante. On ne sait pas combien de temps durera son absence, ni quelle quantité de travail il pourra abattre pendant cette période. Le bureau de M. Ianoukovitch a indiqué qu'il demeure responsable du pays et rappelé qu'il s'agit de son troisième congé de maladie.

Cette annonce a été accueillie avec scepticisme, pendant que d'autres y voient un stratagème pour le chasser du pouvoir.

«Je ne me souviens pas d'annonces officielles concernant les rhumes de Viktor Ianoukovitch. Mais je me souviens très bien, le 19 août 1991, que le vice-président de l'URSS, Gennadi Yanaïev, ait annoncé que Mikhail Sergeyevitch Gorbatchev souffrait d'une maladie grave», a souligné sur Facebook le politologue Vitali Portnikov.

La maladie de M. Gorbatchev avait été annoncée au moment où des communistes partisans de la ligne dure et opposés à ses réformes tentaient en vain de le déloger.

Pour sa part, l'ancien champion de boxe Vitali Klitschko, qui dirige le parti d'opposition Udar, a laissé entendre que le président Ianoukovitch pourrait s'être volontairement retiré de la scène parce qu'il se prépare à imposer l'état d'urgence. Les manifestants s'inquiètent d'une telle mesure depuis que la violence a éclaté il y a deux semaines, coûtant la vie à trois militants.

«Je me souviens de l'Union soviétique et c'est mauvais signe — c'est mauvais signe parce que quand certains leaders soviétiques devaient prendre une décision impopulaire, ils s'en allaient à l'hôpital», a dit M. Klitschko.

Le président s'était rendu au parlement tard mercredi, avant l'adoption de la mesure d'amnistie qui impose aux manifestants de libérer les édifices gouvernementaux qu'ils occupent. L'opposition a rapidement rejeté cette condition, puisqu'elle considère que tous les manifestants qui ont été arrêtés l'ont été illégalement. Un parlementaire de l'opposition prétend que 328 manifestants sont toujours détenus, tandis que le bureau du procureur général évoque plutôt 140 prisonniers.

L'analyste Mikhailo Pohrebinsky a souligné que ceux qui accompagnaient le président lors de cette visite l'ont trouvé pâle et affaibli. Quoi qu'il en soit, en fin de journée jeudi, M. Ianoukovitch a publié un communiqué dans lequel il affirme que «l'opposition continue à envenimer la situation et incite la population à braver le froid pour servir les ambitions politiques de ses leaders».

M. Ianoukovitch doit composer depuis deux mois avec des manifestations importantes, que les responsables n'ont toujours pas réussi à appaiser. Au cours des derniers jours, le premier ministre ukrainien Mikola Azarov a annoncé sa démission, des lois antimanifestations très strictes ont été abolies et le parlement ukrainien a adopté une mesure d'amnistie à l'endroit des manifestants.

M. Ianoukovitch devait encore signer l'abolition des lois et on ne sait pas s'il sera maintenant en mesure de le faire.

Les manifestants réclament la démission de M. Ianoukovitch, la tenue d'élections anticipées et le congédiement de ceux responsables de la répression musclée dont ils ont fait l'objet.

La crise en Ukraine a débuté il y a deux mois lorsque le président Ianoukovitch a décidé en dernière heure de ne pas signer d'accord commercial avec l'Union européenne, préférant un rapprochement économique avec la Russie. Ce geste a déclenché des manifestations.

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