NOUVELLES
30/01/2014 06:00 EST | Actualisé 01/04/2014 05:12 EDT

Syrie: le régime rase des habitations comme "punition collective"(HRW)

Le gouvernement syrien a rasé des milliers d'habitations dans des secteurs où la population soutient l'opposition à Damas et à Hama (centre), comme "punition collective", a affirmé jeudi Human Rights Watch, accusant le pouvoir "d'effacer de la carte des quartiers entiers".

"Ces démolitions illégales s'ajoutent à la longue liste de crimes commis par le gouvernement syrien", assure l'expert des situations de crise à HRW, Ole Solvang.

Cette organisation des droits de l'homme a documenté deux cas à Hama et cinq dans et autour de Damas entre juillet 2012 et juillet 2013, en utilisant l'imagerie satellitaire. Elle estime que 140 hectares, soit l'équivalent de 200 terrains de football, ont été rasés.

L'organisation basée à New York note dans son rapport que parmi les destructions figurent beaucoup d'immeubles élevés, ce qui signifie que des milliers de personnes ont perdu leur toit.

Ainsi à Wadi al-Joz, un quartier de Hama, les images satellitaires montraient en avril 2013 une série d'habitations entre deux rues, laissant la place un mois plus tard à des espaces blancs.

"Après cette démolition, l'armée est venue dans notre quartier pour nous dire avec des hauts parleurs qu'elle détruirait le notre comme elle venait de le faire si une seule balle était tiré de chez nous", a déclaré à HWR une habitante d'un quartier voisin

Selon HRW, tous les endroits touchés sont acquis à la rébellion, et il est difficile de croire l'argument du gouvernement, selon qui il s'agit d'un plan de restructuration urbanistique.

"Les démolitions ont été supervisées par l'armée, souvent à la suite de combats entre le gouvernement et les forces de l'opposition. En tout cas, il ne semble pas à HRW que des démolitions similaires se soient produites dans des quartiers favorables au gouvernement", indique le document.

Des résidents ont affirmé avoir reçu un très court ou pas du tout de préavis avant les démolitions, et n'ont bénéficié d'aucune compensation.

Le propriétaire d'un restaurant à Qaboun, un quartier du nord-est de la capitale, a confié à HRW qu'il a été obligé de quitter le lieu où se déroulait la démolition sous peine d'être arrêté.

"J'ai vu détruire en quelques secondes le fruit d'années de dur labeur de toute ma famille", a-t-il ajouté.

Pour HRW ces démolitions sont une violation des lois de la guerre "car elle ne servent pas directement un objectif militaire et apparaissent comme une punition de la population civile".

"Ceux qui sont responsables de ces destructions commettent des crimes de guerre", selon le rapport.

Pour M. Solvang, "le Conseil de sécurité de l'ONU, en s'adressant à la Cour internationale de Justice, doit adresser un message clair que la dissimulation et l'impunité du gouvernement ne résisteront pas face à la justice".

La Coalition de l'opposition a indiqué dans un communiqué que "brutaliser les civils pour qu'ils abandonnent leurs appels à la liberté est le point central de la stratégie du régime".

Plus de 130.000 personnes sont mortes depuis le début du conflit il y a près de trois ans, et des millions d'autres sont déplacées ou réfugiées.

sah/sk/cbo

PLUS:hp