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30/01/2014 12:35 EST | Actualisé 01/04/2014 05:12 EDT

Russie: le pouvoir adresse une mise en garde à une TV d'opposition

Les autorités russes ont adressé jeudi une mise en garde à la principale chaîne de télévision d'opposition pour avoir lancé un sondage controversé sur le siège de Léningrad, mais ne lui ont pas infligé de blâme qui pourrait déboucher sur sa fermeture.

Le service fédéral de surveillance d'internet et des médias traditionnels Roskomnadzor a accusé la chaîne indépendante Dojd (Pluie) qui diffuse par câble et sur internet, d'avoir violé la loi en conduisant dimanche dernier un sondage téléphonique posant au public la question suivante: "Aurait-il fallu livrer Leningrad (aux nazis) pour sauver des centaines de milliers de vies" en évitant ainsi le siège de la ville (aujourd'hui Saint-Pétersbourg) qui a fait plus d'un million de morts ?

Dans un pays dont le président a souvent mis en garde contre toute révision de l'histoire, la question - rapidement retirée par Dojd - a provoqué une levée de boucliers dans le monde politique et plusieurs médias russes l'ont qualifiée de "blasphématoire".

La direction de la chaîne, l'un des rares médias en Russie à garder un ton indépendant, s'est excusée pour la question "incorrecte", tout en rappelant que les autorités n'aimaient pas ses émissions donnant une large place aux critiques de Vladimir Poutine et aux manifestations pro-européennes en Ukraine.

Selon un communiqué de Roskomnadzor, la chaîne a enfreint une loi qui impose aux journalistes de "respecter les droits et intérêts légitimes des citoyens".

Sa question violait aussi une loi "immortalisant la victoire du peuple soviétique dans la Grande guerre patriotique de 1941-1945", ajoute le communiqué.

Cependant, le porte-parole de Roskomnadzor, Vadim Ampelonski, a dit que l'organisme n'allait pas adresser de réprimande officielle à Dojd. "Nous n'avons pas trouvé d'infractions objectives qui devraient conduire à quelque sanction", a-t-il précisé à l'AFP.

En Russie, un média qui reçoit deux blâmes en l'espace d'un an peut être fermé par les autorités.

Dojd a annoncé mercredi que plusieurs entreprises distribuant ses programmes à travers le pays avaient suspendu leur diffusion.

Le porte-parole du président Poutine, Dmitri Peskov, a déclaré à Dojd que la chaîne "avait dépassé les limites du tolérable".

Mercredi, les groupes parlementaires de la Douma (chambre basse du Parlement russe) ont condamné à l'unanimité le sondage "antipatriotique". Certains députés ont suggéré que la chaîne soit poursuivie pour "extrémisme", un délit puni par des peines de prison.

Des commentateurs libéraux ont dénoncé cette démarche y voyant une attaque politique, voire une tentative d'intimidation, contre cette chaîne au ton critique à l'égard du Kremlin

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