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30/01/2014 12:24 EST | Actualisé 01/04/2014 05:12 EDT

Les marchés européens mitigés, les émergents inquiètent toujours

Les marchés européens ont fini en ordre dispersé jeudi après la décision de la Réserve fédérale américaine (Fed) de continuer à réduire son soutien monétaire, ce qui pourrait exacerber les tensions sur les marchés émergents.

La Bourse de Londres a clôturé en baisse de 0,09% jeudi, mais Paris et Francfort ont fini en hausse respectivement de 0,55% et 0,39%, toutes deux aidées par des chiffres de la croissance américaine.

Comme c'était "plus ou moins attendu, la Fed a annoncé une réduction supplémentaire de ses mesures, mais il semble que les marchés ont du mal à la digérer", a jugé Anita Paluch, analyste de Varengold.

Plus tôt jeudi, les marchés asiatiques avaient mal reçu la décision de la Fed, qui a choisi mercredi de réduire son soutien monétaire à l'économie américaine.

La Bourse de Tokyo a clôturé jeudi sur une forte baisse, de 2,45%, tandis que Hong Kong abandonnait 0,48% et Shanghai 0,82%.

Les marchés asiatiques ont été "pris entre le marteau et l'enclume - la réduction de l'aide monétaire américaine et le mouvement de vente général observé sur les marchés des pays émergents", a expliqué Frances Cheung, analyste chez Crédit Agricole CIB.

La banque centrale des États-Unis, estimant que la croissance de l'économie américaine s'est "accélérée", va de nouveau réduire de 10 milliards de dollars ses injections mensuelles de liquidités à partir de février à 65 milliards de dollars.

La Fed s'est d'ailleurs trouvée confortée jeudi par l'annonce d'une croissance meilleure que prévu au quatrième trimestre aux États-Unis (+3,2% en rythme annualisé).

Les marchés américains saluaient ces développements pour la première économie mondiale. Vers 16H45 GMT le Dow Jones augmentait de 0,83% et le Nasdaq, à dominante technologique, de 1,72%.

Risque de déstabilisation dans les pays émergents

La décision de la Fed a dans l'ensemble "continué d'alimenter les craintes sur les marchés émergents", a estimé Christopher Vecchio, analyste chez DailyFX.

Depuis le printemps dernier, des mouvements de capitaux déstabilisent les marchés de par le monde, en premier lieu dans les pays émergents.

Les investisseurs ont en effet tendance à retirer massivement leurs fonds de ces pays, où ils les avaient placés en profitant des liquidités abondantes mises sur le marché par la Fed. Mais comme ce flot d'argent commence à diminuer, les opérateurs se désengagent de ces marchés.

Or un retrait désordonné et massif des fonds placés dans les pays émergents pourrait être catastrophique pour ces économies - dont la croissance est déjà fragile et dont certains sont en proie à des incertitudes politiques - que ce soit en Turquie, en Afrique du Sud ou en Argentine, et avoir des conséquences in fine sur les économies développées.

"Le marché est déçu que la Fed n'ait fait aucune référence aux pays émergents" dans son communiqué alors que ces pays sont à la merci de ses décisions, a expliqué à l'AFP Hirokazu Kabeya, courtier chez Daiwa Securities.

Mme Paluch a quand à elle regretté "l'absence de geste pour soulager la douleur (des pays émergents) qui est précisément causée par la décision de la Fed de commencer à réduire ses mesures" de soutien.

Craig Erlam, analyste d'Alpari UK, s'attend donc à "voir plus de turbulences au cours des semaines à venir".

Une contre-attaque des banques centrales en vain

Avant la décision de la Fed, les banques centrales de plusieurs pays émergents ont tenté de contre-attaquer, comme en Turquie où l'institut d'émission a annoncé une très forte augmentation de ses principaux taux directeurs (de 4,4 à 10% pour son taux hebdomadaire) ou en Afrique du Sud où la banque centrale a légèrement relevé son taux de base de 5 à 5,5%.

L'Argentine, l'Inde ou la Russie avaient sorti l'artillerie lourde sur le plan monétaire les jours précédents (contrôles sur l'achat de devises, hausses de taux ou injections de liquidités...).

Mais le répit aura été de courte durée et les monnaies des principales économies émergentes continuaient donc jeudi à dévisser.

Le rouble évoluait ainsi toujours à des niveaux très bas par rapport à l'euro et au dollar, après avoir atteint vers 09H30 GMT un nouveau plus bas historique face à la devise européenne, à 48,22 roubles pour un euro.

La livre turque, qui avait rapidement perdu la totalité des gains engendrés par la hausse des taux, tentait de rebondir mais restait sous pression, tout comme le rand sud-africain.

Le peso argentin restait proche de plus bas historiques atteints une semaine plus tôt, alors que la Banque centrale argentine a annoncé jeudi que les réserves de changes du pays ont continué de diminuer de deux milliards de dollars en janvier, pour atteindre 28,520 milliards de dollars.

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