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30/01/2014 04:53 EST | Actualisé 31/03/2014 05:12 EDT

Le sommet de l'Union africaine centré sur les crises au Soudan du Sud et en Centrafrique

Le 22e sommet de l'Union africaine (UA), qui s'est ouvert jeudi à Addis Abeba, a placé au coeur de ses travaux les conflits au Soudan du Sud et en Centrafrique, deux pays où les atrocités se poursuivent.

Au Soudan du Sud, deux camps s'opposent depuis mi-décembre, l'armée gouvernementale du président Salva Kiir et des forces regroupées derrière l'ancien vice-président Riek Machar.

Malgré un accord de cessez-le-feu signé le 23 janvier, les affrontements continuent dans plusieurs régions. La mission locale de l'ONU a annoncé jeudi avoir reçu des "informations crédibles sur la poursuite de combats" à Leer, dans l'Etat d'Unité (nord).

En six semaines, des milliers de personnes ont été tuées, 800.000 chassées de chez elles, et les Casques bleus protègent toujours 79.000 civils réfugiés dans des camps de l'ONU.

L'organisation de défense des droits de l'Homme HRW a demandé jeudi une enquête sur les atrocités commises au Soudan du Sud, pour que le Soudan du Sud puisse "rompre avec son passé et commencer un processus de guérison".

"Des crimes horribles ont été commis ici et dans tout le Soudan du Sud, y compris dans la capitale, Juba, où il y a eu des meurtres de masse (...) Des membres des deux ethnies ont été tués de sang-froid dans plusieurs villes", selon un rapport de la chercheuse sud-soudanaise de HRW, Skye Wheeler.

Dans cette crise, l'UA a été invitée à jouer un rôle plus actif - jusqu'ici, les efforts de médiation ont été menés par une organisation sous-régionale est-africaine, l'Igad.

Quant à la Centrafrique, où une force de l'UA - la Misca - et un contingent de l'armée française sont déployés, elle est en crise depuis mars 2013, lorsqu'une rébellion à majorité musulmane a renversé le président François Bozizé, déclenchant une spirale de violences intercommunautaires dont les civils sont les premières victimes.

Les violences y persistent également. Une importante colonne de combattants de l'ex-rébellion Séléka, juchés sur une cinquantaine de véhicules, a pris le contrôle de la ville de Sibut, à 180 km au nord de Bangui, où, comme dans bien d'autres villes centrafricaines, la population terrorisée a dû fuir jeudi les exactions.

Médecins sans frontières (MSF) a signalé des événements similaires dans d'autres villes du pays où, prévient l'ONG, la situation humanitaire s'aggrave.

Le conflit a fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés. Après la démission du président de transition et ex-chef rebelle Michel Djotodia, une femme, Catherine Samba Panza, lui a succédé et un nouveau gouvernement a été formé.

Des appels à la paix

A l'ouverture du sommet, la présidente de la Commission de l'UA, l'organe exécutif du bloc panafricain, Nkosazana Dlamini-Zuma, a demandé à l'assemblée de "travailler ensemble pour assurer la construction d'une paix durable".

Le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, qui a transmis la présidence tournante de l'UA au président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, a ensuite appelé à "trouver des solutions urgentes pour éviter à ces deux pays frères de sombrer dans un abîme".

A l'origine, le sommet, qui rassemble 54 nations africaines, devait avoir pour thème central "l'agriculture et la sécurité alimentaire". Mais les combats au Soudan du Sud et en Centrafrique ont bouleversé ce programme.

Pour Peter J. Pham, analyste de l'Atlantic Council, la lente réponse de l'UA à la crise en Centrafrique pointe les faiblesses institutionnelles du bloc en matière de gestion des conflits.

La mise en place d'une "force de réserve africaine" susceptible d'être déployée en urgence sur les points chauds du continent, en débat depuis une dizaine d'années, est restée à ce jour un voeu pieux.

Le sommet intervient huit mois après la célébration du cinquantenaire de l'UA, qui avait fêté la "Renaissance" du continent en mettant en avant son dynamisme économique.

Les dirigeants des 54 pays membres doivent aussi se pencher au cours des deux jours sur l'"Agenda 2063", une feuille de route sur 50 ans destinée à donner un coup de fouet au continent.

Un autre sujet sensible devrait être au menu des dirigeants africains: la Cour pénale internationale, violemment accusée l'an dernier de partialité par l'UA. Le bloc avait demandé à ce que les chefs d'Etat en exercice, comme le Kényan Uhuru Kenyatta, poursuivi pour crimes contre l'humanité, ne puissent être jugés.

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