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30/01/2014 02:00 EST | Actualisé 01/04/2014 05:12 EDT

Le narcotrafic dévaste la forêt tropicale d'Amérique Centrale

Le narcotrafic entraîne une déforestation de la forêt tropicale d'Amérique Centrale dans des régions reculées du Honduras et du Nicaragua, souvent des zones écologiques protégées devenues nouvelle plaque tournante de la drogue vers les Etats-Unis, déplore jeudi un rapport.

Les trafiquants font des coupes rases pour aménager des pistes d'atterrissage et des routes clandestines afin d'acheminer les chargements de drogue. Ils aussi convertissent aussi des zones forestières en exploitations agricoles dans lesquelles ils blanchissent les revenus de la drogue, expliquent les chercheurs dont le rapport paraît dans la revue scientifique américaine Science.

Ce phénomène paraît surtout résulter des efforts musclés menés par les Etats-Unis contre le trafic de drogue au Mexique, relève Kendra McSweeney, professeur de géographie à l'Université de l'Etat d'Ohio, principal auteur.

"En réponse à la campagne anti-drogue au Mexique, les narco-trafiquants ont commencé vers 2007 à se déplacer plus au sud, en Amérique Centrale, pour trouver de nouvelles routes dans des zones isolées afin de faire transiter la drogue, surtout de la cocaïne, venant d'Amérique du Sud en route vers les Etats-Unis", explique-t-elle.

Les chercheurs ont calculé que la déforestation annuelle a plus que quadruplé au Honduras entre 2007 et 2011, une période coïncidant avec une forte augmentation du trafic de cocaïne dans le pays.

"Quand les narcotrafiquants débarquent ils provoquent un désastre écologique", commente Kendra McSweeney, qui étudie depuis plus de vingt ans les interactions des tribus indigènes avec leur environnement au Honduras.

"Depuis 2007, nous avons commencé à voir des taux de déforestation comme jamais auparavant et quand on interroge les autochtones sur ce phénomène ils pointent tous le doigt vers les narcotrafiquants", dit-elle.

Les pertes de forêt sont concentrées dans le Couloir biologique méso-américain, une région de diversité biologique exceptionnelle qui englobe la plupart des pays d'Amérique centrale et relie plusieurs parcs nationaux.

Trafiquants repoussés dans des zones plus reculées

Ce couloir en principe protégé subit depuis longtemps des pertes de couverture forestières résultant de la faiblesse de la gestion publique, des régimes de propriété conflictuels, d'un taux élevé de pauvreté, du changement climatique, de l'exploitation forestière illégale et du développement de l'agro-industrie. Ces facteurs sont désormais exacerbés par les narcotrafiquants, souligne encore Kendra McSweeney.

La géographe cite d'autres signes du trafic de drogue qui gangrène ces régions pauvres. Elle est ainsi souvent abordée par des personnes qui demande de faire la monnaie de billets de vingt dollars dans ces endroits où la population dispose normalement de très peu de liquidités et où les dollars ne sont pas monnaie courante. Un signe clair que l'argent de la drogue circule largement dans la région.

"Nous entendons les mêmes anecdotes racontées par des spécialistes agricoles, des géographes et des écologistes travaillant dans ces régions", explique la chercheuse.

Cette injection d'argent de la drogue encourage les spéculateurs fonciers et les trafiquants de bois à accroître leurs activités, principalement au détriment des populations indigènes, défenseurs de la forêt tropicale.

En outre, les narcotrafiquants convertissent aussi la forêt en zones agricoles pour recycler et blanchir leurs profits. Ces activités se produisent pour la plupart dans des zones écologiques protégées et sont donc illégales, ce qui amène les trafiquants à utiliser leur argent pour corrompre les fonctionnaires gouvernementaux locaux.

Selon les auteurs du rapport, de nombreux indices montrent que la politique des Etats-Unis pour combattre le trafic de drogue au sud de leur frontière a des effets beaucoup plus étendus et souvent insoupçonnés, comme le montre cette étude sur l'impact de la forêt tropicale.

"La campagne militaire anti-drogue de Washington a surtout réussi à repousser les opérations des trafiquants dans des écosystèmes exceptionnels encore plus reculés" et cela à leur dépens, note Kendra McSweetney.

La géographe suggère de s'inspirer du dernier rapport en 2013 de l'Organisation des Etats Américains sur la lutte contre la drogue. Celui-ci préconise de réexaminer l'approche répressive visant à éliminer l'offre pour favoriser des actions au niveau de la demande, en traitant la drogue davantage comme un problème de santé publique, ce qui pourrait bénéficier aussi à l'environnement.

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