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30/01/2014 12:49 EST | Actualisé 01/04/2014 05:12 EDT

La détresse de la mère du médecin britannique mort en Syrie

La mère d'Abbas Khan pleure, effondrée sur les marches du Palais des Nations à Genève. Fatima Khan pleure son fils, un médecins britannique parti soigner les victimes du conflit en Syrie, mort le 16 décembre dans une prison à Damas.

Elle vient de crier sa détresse et sa colère à l'intention d'une membre de la délégation gouvernementale syrienne aux pourparlers de paix à l'ONU, Mme Bouthaina Chaabane, conseillère médias du président Bachar al-Assad, qui était interviewée par une télévision.

"Qui est-ce ?", demande Mme Chaabane, avant d'ajouter "éloignons-nous" quand quelqu'un le lui dit.

Protégée par des journalistes syriens pro-opposition Mme Khan se trouvait face à des journalistes des médias officiels de Damas qui s'interposaient, les uns et les autres s'invectivant.

"Va-t-en!", criait un pro-régime. "Ici ce n'est pas Damas, tu ne dictes pas ta volonté. Il s'est suicidé, le médecin, et vous ne l'avez pas tué?", rétorquait un opposant.

La sécurité de l'ONU s'est interposée et a conduit Mme Khan un peu plus loin.

"Je veux leur demander pourquoi ils ont tué mon fils", explique-t-elle à l'AFP. Le jeune homme de 32 ans, médecin à l'Hôpital orthopédique royal de Londres, père de deux enfants, avait décidé d'entrer clandestinement en Syrie pour soigner les blessés. Il a été capturé à Alep en novembre 2012, deux jours après son arrivé de Turquie.

"Il a été pris avec une trousse médicale, pas une arme", assure sa mère. Son billet de retour était réservé pour le 24 novembre 2012, ajoute-t-elle.

"Pendant cinq mois, il est resté dans une prison civile. Ensuite il a été pendant huit mois dans une prison où ils torturaient et tuaient des milliers de personnes", poursuit Mme Khan.

Elle avait obtenu un visa et avait pu lui rendre visite en prison à Damas en juillet l'année dernière. "Il m'a dit +Maman, je suis un docteur, un humanitaire, et regarde ce qu'ils m'ont fait. Imagines ce qu'ils font à leur peuple+".

La Grande-Bretagne, qui a fermé son ambassade à Damas, était intervenue par voie diplomatique pour son fils.

Le docteur Khan devait passer en décembre devant un tribunal anti-terroriste le lendemain du jour où il a été retrouvé mort dans sa cellule, "après s'être pendu", selon la version officielle syrienne.

"Ce n'était pas un combattant, c'était un humanitaire, s'ils ne comprennent pas ce qu'est le métier de médecin, ils ne devraient pas être au pouvoir", se lamente Mme Khan, qui dit ne pas "représenter l'opposition".

Le corps de son fils a été rapatrié en Grande-Bretagne le 22 décembre et après une autopsie il a été inhumé le 26 décembre.

Une session judiciaire sur les causes de sa mort établies par l'autopsie doit se tenir le 27 février prochain.

Mme Khan est une immigrante indienne au Royaume-Uni. "J'ai travaillé si dur pour qu'il devienne médecin et ils l'ont tué, dit-elle. Nous étions très pauvres, nous travaillions dur, je cuisinais et vendais mes plats pour lui payer des cours privés et ils ont fait cela".

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