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29/01/2014 07:45 EST | Actualisé 31/03/2014 05:12 EDT

Merkel place la justice sociale au coeur de l'action de son gouvernement

La chancelière Angela Merkel a défendu mercredi devant les députés allemands un projet économique mettant la justice sociale au coeur de ses priorités, avec des mesures qui s'annoncent coûteuses, quand ses partenaires européens se serrent la ceinture.

Alors que le président François Hollande a annoncé récemment qu'il accélérait des réformes visant à réduire le coût du travail et les dépenses publiques en France, la dirigeante de la première économie européenne a défendu un projet d'amélioration des retraites, sévèrement critiqué par les milieux économiques allemands, et l'introduction d'un salaire minimum.

Dans un discours d'une heure aux députés, la chancelière est revenue sur tous les chantiers qui attendent son troisième gouvernement qui associe son parti conservateur avec les sociaux-démocrates depuis mi-décembre.

Le gouvernement Merkel III veut "mettre les gens au coeur de (son) action", a asséné Mme Merkel, énumérant ses projets: réforme des retraites, salaire minimum, double nationalité et refonte de la transition énergétique. S'exprimant assise, en raison d'une blessure au bassin contractée suite à une chute de ski, elle a multiplié les références à l'"économie sociale de marché" chère aux Allemands, qui allie liberté d'entreprendre et État-providence fort.

Le conseil des ministres a approuvé mercredi matin un projet de réforme qui abaisse l'âge de la retraite à 63 ans pour les actifs ayant cotisé 45 ans. Mme Merkel revient ainsi partiellement, sous la pression des sociaux-démocrates, sur une grande réforme de son premier gouvernement avec les sociaux-démocrates (2005-2009).

En 2007, c'est une "grande coalition" dirigée par Mme Merkel qui avait décidé le passage de l'âge d'entrée en retraite à 67 ans.

Un souci d'"humanité"

Les mères de famille vont toucher aussi plus de retraite, un sujet cher aux conservateurs. En tout, la réforme coûtera 60 milliards d'euros d'ici 2020. Population vieillissante oblige, la somme pourrait même atteindre quelque 160 milliards d'euros d'ici 2030.

Mais la dépense est justifiée par un souci d'"humanité" selon la chancelière. "L"humanité d'une société se manifeste dans sa manière de traiter les plus faibles, les vieux et les malades", a dit Mme Merkel.

La réforme des retraites est pourtant très critiquée en Allemagne par des médias et les milieux d'affaires. Elle "instaure un déséquilibre en défaveur des jeunes générations", pour le président de la fédération des employeurs BDA, Ingo Kramer.

La "grande coalition s'occupe surtout des vieux, parce que les électeurs sont de plus en plus vieux" a critiqué le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Même le prédécesseur de Mme Merkel, l'ex-chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, s'en est mêlé. Il a dénoncé, selon des propos cités par Bild, une réforme qui envoie "complètement le mauvais signal" aux partenaires européens à qui l'Allemagne réclame depuis le début de la crise de douloureux ajustements structurels.

Réguler le marché du travail

"Chacun doit faire ce qu'il a à faire chez lui", a d'ailleurs répété la chancelière, soulignant une nouvelle fois que seules des réformes de structures pouvaient permettre d'arriver à une Europe "plus juste".

Mme Merkel a réaffirmé l'intention du gouvernement d'introduire à partir de 2015 un salaire minimum de 8,50 euros bruts de l'heure, parce qu'"aucune personne ayant un coeur ne peut rejeter l'idée d'un salaire minimum" - même si elle-même n'y a consenti qu'à contre-coeur sous la pression de ses alliés.

Les réformes du marché du travail mises en place par M. Schröder à partir de 2005, un facteur essentiel des succès économiques actuels du pays selon l'opinion majoritaire des économistes, ont conduit à des "abus" que son gouvernement veut corriger, a-t-elle dit, évoquant par exemple des règles plus strictes sur le travail intérimaire.

Après elle, tous les ministres devaient prendre la parole devant les députés d'ici vendredi, au cours de trois séances de débats de politique générale. "Une opération de relations publiques" de la nouvelle équipe, notait le quotidien Süddeutsche Zeitung, pour qui "en fait il n'y a rien à débattre", puisque l'opposition réduite à la portion congrue a un temps de parole limité.

"Le message de Merkel est simplement: l'Allemagne va bien, tout va bien, je suis bien, on continue comme ça", ironisait après le discours l'édition en ligne du Spiegel, notant que, à l'aube de son troisième mandat, la chancelière n'avait "pas de sujet avec lequel s'identifier".

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