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29/01/2014 10:13 EST | Actualisé 31/03/2014 05:12 EDT

Le chef libéral Justin Trudeau expulse les 32 sénateurs libéraux de son caucus

OTTAWA - Le chef libéral Justin Trudeau a expulsé mercredi matin les 32 sénateurs libéraux de son caucus, tentant ainsi de s'élever au-dessus de la mêlée alors que les scandales entourant la Chambre haute s'accumulent.

Le Sénat est devenu une institution marquée par le favoritisme et la partisannerie extrême, qui ne sert plus les Canadiens, a affirmé le chef libéral pour expliquer cette décision qui a pris tout le monde par surprise, y compris les sénateurs libéraux.

Pour régler les problèmes qui entachent le Sénat, il a annoncé que les sénateurs nommés par le Parti libéral siégeront désormais comme indépendants et ne feront plus partie du caucus national libéral.

«La seule façon de faire partie du caucus libéral, c'est d'avoir été choisi par les Canadiens lors des élections», a fait valoir Justin Trudeau.

«Au lieu d'être séparés des préoccupations politiques et électorales, les sénateurs devaient faire non pas ce qui était bon pour leur pays ou leur région, mais ce qui était bon pour le parti», a rappelé le chef libéral qui veut mettre fin à cette façon de faire.

Les anciens sénateurs libéraux cesseront de prendre part aux activités politiques ou événements de financement pour le parti, a-t-il précisé. Le budget alloué par le parti sera aussi éliminé.

S'il est élu premier ministre, M. Trudeau assure par ailleurs qu'il mettra en place, avec la collaboration d'experts, un processus de nomination non partisan, ouvert et transparent.

Les sénateurs libéraux n'ont pas été consultés ni avisés du projet du chef avant le jour même de son annonce publique.

La plupart des sénateurs libéraux — désormais indépendants — sont sortis en bloc pour parler aux médias, afin de montrer un front uni. «Nous sommes libérés», ont-ils dit en choeur.

Mais ils semblaient résister aux changements et s'accrocher à l'étiquette libérale.

Certains ont d'abord avancé qu'ils étaient toujours des sénateurs libéraux, même s'ils siégeaient comme indépendants, et qu'ils étaient toujours membres du caucus libéral. Se faisant souligner par les journalistes que leur chef avait mentionné qu'ils étaient justement expulsés du caucus, ils se sont défendus en disant qu'ils seraient membres du «caucus libéral du Sénat».

James Cowan, le leader des libéraux au Sénat, a dit que son équipe formait toujours l'opposition officielle à la Chambre haute.

«Cela ne changera pas grand-chose», a-t-il même déclaré, semblant ainsi contrecarrer l'ampleur de la réforme du chef.

Des paroles qui n'ont pas échappé au premier ministre Stephen Harper. Il les a immédiatement utilisées à la Chambre des communes pour ridiculiser le projet libéral.

«Je comprends que le changement annoncé aujourd'hui par le chef est que des sénateurs libéraux non élus vont devenir des sénateurs non élus qui se trouvent à être des libéraux», s'est moqué le premier ministre.

Les conservateurs ont d'ailleurs immédiatement créé une publicité qui donnait le ton, sur laquelle on pouvait lire des propos qu'ils attribuent au réseau CBC: «Il y aura toujours un caucus sénatorial libéral, qui sera formé du même groupe de sénateurs libéraux, dont chacun sera membre du Parti libéral du Canada».

«Un écran de fumée», avait pour sa part commenté plus tôt en journée le ministre d'État à la réforme démocratique, Pierre Poilievre.

Le chef libéral a pris cette décision pour prendre ses distances du rapport du vérificateur général, a-t-il de plus insinué, refusant toutefois de dire s'il avait eu accès à ses conclusions.

En point de presse mercredi matin, M. Trudeau avait toutefois assuré qu'il n'avait pas d'information particulière sur l'audit que mène actuellement le vérificateur général sur les dépenses de tous les sénateurs. Et que ce n'est donc pas parce que les siens allaient être sévèrement blâmés qu'il a pris cette décision de les exclure, pour sauver sa réputation avant la tempête.

Une certaine confusion s'est poursuivie à la première séance du Sénat, mercredi après-midi, avec le groupe de nouveaux «indépendants».

Le leader du gouvernement au Sénat, Claude Carignan, a interrompu le sénateur Cowan qui s'adressait à la Chambre, demandant même qui il était. Il remettait en question le rôle du leader du parti d'opposition officielle, alors que ce parti n'existe apparemment plus au Sénat.

Mi-rieur, mi-sérieux, M. Carignan a voulu que les 32 anciens libéraux s'identifient comme tels pour bénéficier des privilèges reliés à leur appartenance au parti principal d'opposition, comme les budgets et la composition des comités sénatoriaux.

«Ça crée énormément de confusion», a-t-il commenté.

Après un débat, le président du Sénat a tranché que les indépendants pouvaient s'organiser en tant que caucus libéral.

Les néo-démocrates minimisent aussi l'impact du projet des libéraux. Ils soulignent surtout avoir déjà présenté une motion pour qu'il soit mis fin aux activités partisanes des sénateurs, notamment leur participation à des rencontres du caucus. Les libéraux de Justin Trudeau avaient alors voté contre, soulignent les néo-démocrates.

«Vaut mieux tard que jamais», s'est exclamé le chef Thomas Mulcair en apprenant la teneur du projet libéral, se félicitant avec ironie que Justin Trudeau ait finalement compris les mérites de sa motion d'octobre.

«C'est un pas dans la bonne direction, mais pourquoi arrêter là? Pourquoi arrêter à 32? Nous, on veut se débarrasser du Sénat», a ajouté M. Mulcair.

Le projet de réforme des libéraux est en vigueur immédiatement. Il se distingue en cela de l'abolition prônée par le NPD qui pourrait nécessiter un débat constitutionnel, et du projet de loi des conservateurs pour réformer la Chambre haute qui a été référé à la Cour suprême du Canada pour obtenir son avis sur sa légalité.

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