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29/01/2014 12:03 EST | Actualisé 31/03/2014 05:12 EDT

France/éducation: le gouvernement monte au créneau pour tuer une folle rumeur

Le ministre français de l'Education nationale s'est efforcé mercredi de tordre le cou à une rumeur selon laquelle l'école inciterait les enfants à rejeter leur identité sexuelle au nom d'une supposée "théorie du genre" qui affole certains milieux religieux.

Sur la foi de cette rumeur et d'un appel au boycott véhiculés par les réseaux sociaux, des parents d'une centaine d'écoles de quartiers populaires, où vivent de nombreux musulmans, n'ont pas envoyé leurs enfants à l'école lundi. Dans certains établissements, jusqu'à 30% des élèves étaient absents.

Le phénomène menaçait de s'étendre, un mouvement intitulé "Journée de retrait de l'école" ayant même dressé un calendrier d'actions jusqu'au 10 février.

"L'Ecole de la République n'enseigne absolument pas la théorie du genre. Elle enseigne l'égalité de tous les points de vue", et en particulier l'égalité des femmes et des hommes, a martelé mercredi le ministre Vincent Peillon.

Il a demandé aux enseignants de convoquer les parents des enfants absents "pour leur expliquer la réalité des choses et leur rappeler que dans notre pays, il y a une obligation scolaire à l'égard des enfants".

La veille déjà, il avait démenti "très solennellement" devant les députés "cette rumeur totalement mensongère selon laquelle (...) à l'école, on apprendrait aux petits garçons à devenir des petites filles". "Tout ça est absolument faux", ce que dispense l'école "c'est une éducation à l'égalité fille-garçon, au respect fille-garçon et rien de plus", avait-il déclaré.

Le ministre a mis en cause "un certain nombre d'extrémistes qui ont décidé de mentir, de faire peur aux parents".

Certains parents déboussolés ont cru aux inventions les plus farfelues, comme celle d'une éducation sexuelle à l'école maternelle avec apprentissage de la masturbation.

Un regroupement insolite

La "journée du retrait de l'école" a été lancée par Farida Belghoul, une ancienne animatrice du mouvement antiraciste de 1984 passée à l'extrême-droite et porte-drapeau d'un regroupement insolite de catholiques et musulmans intégristes. Il compte notamment l'institut catholique Civitas, qui avait perturbé en 2011 à Paris des représentations théâtrales jugées blasphématoires et fait partie de l'aile la plus radicale de l'opposition au mariage homosexuel légalisé en France au printemps 2013.

La présidente d'honneur du petit Parti chrétien démocrate (droite, opposition) Christine Boutin, ex-ministre, a aussi apporté son soutien à l'initiative.

La supposée "théorie du genre", cible des catholiques conservateurs depuis plusieurs années, est censée nier la différence masculin-féminin et affirmer que l'on peut choisir sa sexualité, ouvrant la porte à la banalisation, voire la généralisation de l'homosexualité. Les papes Jean Paul II et Benoit XVI se sont à plusieurs reprises élevés contre cette "théorie". En réalité, celle-ci n'existe pas, soulignent les milieux universitaires. Se développent en revanche des études sur le "genre", pour comprendre comment se constituent les identités sexuelles, les stéréotypes et les inégalités entre hommes et femmes.

Le gouvernement de gauche français, qui veut lutter contre les inégalités hommes-femmes, a initié diverses initiatives à l'école pour lutter contre les préjugés qui font que les filles sont moins ambitieuses ou que filles et garçons n'osent pas choisir certains métiers jugés réservés à l'autre sexe.

"Certains activistes mettent nommément en accusation sur internet les enseignants qui sensibilisent leurs élèves à ces questions", a dénoncé mardi Christian Chevalier, secrétaire général du syndicat d'enseignants Unsa.

M. Peillon a demandé mardi "à l'ensemble des élus républicains", de "ne pas se complaire à entretenir" les rumeurs.

Jean-François Copé, le président de l'UMP, principal parti de droite, a condamné mercredi les appels à boycotter l'école. Mardi, il avait déclaré au journal Le Parisien qu'il était "choqué par la théorie du genre" et qu'il comprenait "l'inquiétude des familles". Il avait demandé au ministre de "clarifier ses intentions sur cette question".

bur-nou/prh/via

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