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29/01/2014 05:29 EST | Actualisé 31/03/2014 05:12 EDT

Burundi: le bâtonnier de Bujumbura radié de l'ordre des avocats

Le bâtonnier du barreau de Bujumbura, connu pour ses coups d'éclat contre le pouvoir burundais, a été radié de l'ordre des avocats pour avoir "violé son serment", notamment en appelant la population à se soulever, a-t-on appris de sources concordantes mercredi.

La cour d'appel de Bujumbura a décidé mardi "la radiation de Me Isidore Rufyikiri", a déclaré à l'AFP Alice Bangiricenge, porte-parole du ministère public.

En devenant avocat, il avait "juré de ne rien dire ou publier qui soit contraire aux bonnes moeurs, à la sûreté de l'Etat", a-t-elle poursuivi. Or il a "violé (ce) serment".

Le bâtonnier a dénoncé "une décision prise par des juges au service du pouvoir exécutif" pour le "réduire au silence".

"J'ai osé dénoncer ce que les autres n'osent pas dénoncer, à savoir la dérive vers l'instauration d'un régime dictatorial au Burundi et la mise en place d'une milice à l'instar des Interahamwe du Rwanda", milices extrémistes hutu proches du pouvoir à Kigali avant le génocide de 1994, a-t-il expliqué à l'AFP.

"Le ministère public a accusé Me Rufyikiri preuves à l'appui", a rétorqué Mme Bangiricenge, assurant qu'il n'y avait "aucun motif politique" caché.

Le procès en radiation s'était déroulé le 20 janvier en présence d'une centaine d'avocats portant la robe en signe de soutien au bâtonnier et de diplomates occidentaux. Me Rufyikiri et sa défense s'étaient retirés du procès pour "protester contre la violation flagrante de la procédure".

Le ministère public accusait le bâtonnier de "propos diffamatoires et injurieux envers le gouvernement et les responsables administratifs dans une correspondance adressée au gouverneur de Bubanza (nord-ouest) le 24 juillet 2013, qui n'avaient d'autres objectifs que semer la haine ethnique et la violence".

Il l'accusait aussi d'avoir, devant la presse, "appelé les corps de défense, les élèves, les fonctionnaires et même la population à se révolter et à renverser le pouvoir".

Dans sa lettre, Me Rufyikiri avait accusé le pouvoir de "chercher à spolier" l'un de ses clients de sa terre, et de ressembler de plus en plus "à une dictature fasciste". Devant la presse, il avait appelé les Burundais à "refuser de laisser ce pays tomber aux mains des Imbonerakure (ligue des jeunes du parti au pouvoir), devenus des tueurs".

Dans cette affaire, le bâtonnier a aussi reçu le soutien de nombreuses organisations d'avocats dont les collectifs des bâtonniers de France et de Belgique.

Connu pour ses condamnations très dures des violences et autres violations des droits de l'homme et de la démocratie au Burundi, il a déjà séjourné plusieurs fois en prison.

esd/aud/aub

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