NOUVELLES
28/01/2014 09:05 EST | Actualisé 30/03/2014 05:12 EDT

Un tribunal européen condamne l'Irlande pour une agression sexuelle

PARIS - Le plus haut tribunal européen en matière de droits de la personne a statué, mardi, que le gouvernement irlandais a failli à son devoir de protéger les enfants, dans l'affaire d'une femme agressée sexuellement dans une école catholique il y a 40 ans.

La Cour européenne des droits de l'homme a estimé, dans un vote à 11 contre 6, que le droit de Louise O'Keeffe d'échapper à un traitement inhumain et humiliant, ainsi que son droit d'obtenir une aide immédiate, ont été bafoués.

Le tribunal de Strasbourg, en France, a ordonné au gouvernement irlandais de verser à Mme O'Keeffe 30 000 euros en dommages et 85 000 euros en frais, ce qui pourrait exposer le gouvernement à de nouvelles poursuites de la part de centaines de personnes qui auraient été agressées sexuellement dans ces écoles.

«Ce n'est pas une victoire pour moi. C'est une victoire pour les enfants de l'Irlande», a-t-elle déclaré aux journalistes lors d'une conférence de presse en Irlande. Ses avocats avaient précédemment diffusé un communiqué la disant «très heureuse que l'État ait, finalement, été tenu responsable».

Mme O'Keeffe avait été agressée par un employé laïc d'une école catholique romaine appuyée par le gouvernement irlandais.

La femme de 48 ans avait fait valoir que l'État irlandais n'avait pas pris les mesures nécessaires pour mettre fin aux agressions systématiques qui se produisaient à l'École nationale de Dunderrow au début de 1973. Elle avait aussi fait valoir que le gouvernement était responsable du fait d'autrui, en tant qu'employeur de l'agresseur.

Mme O'Keeffe, qui a déjà été dédommagée par l'agresseur, s'était adressée au tribunal européen après que la Cour suprême irlandaise ait tranché que le gouvernement n'était pas responsable des sévices qu'elle a subis.

Le tribunal européen a déterminé que le système irlandais de détection et de dénonciation des agressions était inefficace dans les années 1970, ce qui a mené à plus de 400 incidents entre le milieu des années 1960 et 1973. Dans son jugement, le tribunal affirme que Mme O'Keeffe n'aurait possiblement jamais été agressée si des mesures efficaces avaient été mises en place quand les premiers soupçons concernant son agresseur ont fait surface.

Les premières plaintes concernant Leo Hickey, l'ancien directeur de l'école et enseignant de Mme O'Keeffe, n'ont été logées auprès du gouvernement qu'en 1995, après sa retraite. L'homme a plaidé coupable en 1998 et écopé de trois ans de prison.

Le ministère irlandais de l'Éducation a déclaré mardi que les leçons du passé ont été apprises et reconnu que les conditions qui prévalaient dans les écoles du pays dans les années 1970 sont une «page honteuse de notre histoire récente».

Pour sa part, la directrice de l'organisme One in Four, Maeve Lewis, a indiqué que la décision de mardi devrait garantir que les dirigeants seront tenus responsables du comportement des enseignants et de la sécurité des enfants.

PLUS:pc