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28/01/2014 05:41 EST | Actualisé 30/03/2014 05:12 EDT

Transition politique au Yémen: le plus dur reste à faire

Le dialogue national au Yémen a permis de tracer les grandes lignes d'un futur Etat fédéral mais le plus dur, notamment le découpage des provinces, reste à faire, estiment les analystes selon lesquels une escalade de la violence pourrait faire déraper ce processus.

La période de transition dans ce seul pays du Printemps arabe où un soulèvement populaire a abouti à une solution négociée, devait théoriquement se terminer en février 2014.

Mais le dialogue national qui s'est achevé samedi a prolongé la période transitoire et accordé un délai d'un an à l'adoption d'une nouvelle Constitution par voie référendaire, sur la base de laquelle se tiendront des élections générales dans ce pays miné par les violences et la pauvreté.

"Le dialogue a fixé le cadre théorique d'un Etat fédéral", souligne l'analyste yéménite Farès Al-Saqqaf.

"C'est le début du processus, mais le plus grand défi consiste maintenant à appliquer" les décisions du dialogue, estime pour sa part Ibrahim Sharqieh, expert en résolution des conflits internationaux de l'Université de Georgetown à Doha.

Il souligne que "la pression de la communauté internationale a été déterminante pour faire aboutir le dialogue".

Parrainé par l'ONU et les monarchies arabes du Golfe, ce dialogue était l'une des clés de voûte de l'accord politique qui a permis au président Abd Rabbo Mansour Hadi de succéder en 2013 à Ali Abdallah Saleh dont le pouvoir avait été contesté dans la rue pendant un an.

Les participants au dialogue -les différentes forces politiques à l'exception des indépendantistes du sud- se sont entendus sur le principe d'un Etat fédéral mais ont laissé à M. Hadi le soin de décider de l'épineuse question du nombre de régions le formant.

Le chef de l'Etat a formé dans ce but une commission qui décidera de découper le pays en un nombre de régions allant de deux à six, selon l'agence officielle Saba.

"Le fait de reporter la question du découpage a permis de faire sortir le dialogue de l'impasse", a expliqué un responsable gouvernemental ayant requis l'anonymat.

Il a expliqué que M. Hadi "écarte l'option de deux provinces, nordiste et sudiste, car cela maintiendrait la tension dans le pays et ouvrirait la porte à d'autres conflits à l'avenir".

Les autonomistes sudistes réclament que le futur Etat reprenne la division entre l'ex-Yémen du sud et l'ex-Yémen du nord, unifiés en 1990.

Si le pays est découpé en six régions, le Sud sera divisé en deux provinces et le Nord en quatre autres.

Surenchères et violences

Les représentants des différentes zones se livrent à une véritable surenchère dans ce cadre.

Ainsi, les tribus de la vaste province désertique du Hadramout, riche en pétrole, réclament de former une région et organisent depuis décembre des protestations contre le pouvoir central.

Les représentants de la province d'Al-Mahra dans l'est, à la frontière avec le sultanat d'Oman, réclament eux aussi de former une région comprenant l'île de Socotra.

Mais la véritable menace vient surtout des velléités d'indépendance de la tendance dure du Mouvement sudiste, alors qu'une "Résistance sudiste" a vu le jour et revendique des attaques contre l'armée.

Et dans le Nord, les rebelles chiites zaïdites d'Ansarullah qui contrôlent plusieurs zones tentent, à la faveur de combats avec les fondamentalistes sunnites et les tribus, d'élargir leur sphère d'influence.

"Les craintes essentielles viennent de la capacité du Mouvement sudiste à oeuvrer contre cet accord, ainsi que de celle des rebelles nordistes à le faire échouer", affirme Ibrahim Sharqieh.

Il souligne aussi le danger que représente Al-Qaïda, bien implantée dans plusieurs régions et qui a intensifié ses attaques avec notamment un assaut spectaculaire contre le ministère de la Défense à Sanaa en décembre.

"La situation peut s'aggraver davantage d'autant que d'anciennes forces politiques, notamment le Congrès populaire général (CPG) restent influentes", ajoute l'analyste.

Ancien parti au pouvoir, le CPG est toujours dirigé par M. Saleh, qui est accusé par ses adversaires d'oeuvrer en sous-main à la déstabilisation du pays.

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