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28/01/2014 10:00 EST | Actualisé 28/01/2014 10:01 EST

«Nœud du diable», Atom Egoyan pose sa caméra sur l'horreur (PHOTOS)

Remstar

Depuis longtemps, la nature humaine l’obsède et le fascine. Au fil d’une riche filmographie, Atom Egoyan ne cesse de l’explorer dévoilant souvent au passage la part sombre qui nous habite. Avec Nœud du diable, présentement à l’affiche, le réalisateur d'Exotica et Des Beaux lendemains a décidé de plonger un peu plus dans l’horreur en s’inspirant d’un fait divers sordide survenu 20 ans plus tôt en Arkansas. Entrevue.

Ce devait être une journée de mai comme les autres. On est en 1993. Trois gamins originaires de West Memphis décident d’aller faire un tour en vélo. Ils n’en reviendront jamais vivants. Sauvagement assassinés, les garçons sont retrouvés nus et ligotés dans un marécage. «En recevant le scénario, j’ai tout de suite été fasciné par ce fait divers, se souvient Atom Egoyan. C’est une histoire que j’aurais pu moi-même imaginer».

Mais voilà, l’histoire est vraie. Lorsque la police découvre les corps, l’ignominie du crime crée une véritable commotion aux États-Unis et en particulier au sein de la communauté tricotée serrée d’où sont originaires les victimes. S’en suit une véritable chasse pour retrouver les meurtriers. «Les autorités locales vont alors accuser des adolescents vivant en marge de la société, car ils estimeront tout simplement qu’ils sont les responsables quitte à mettre en place un procès qui frise le ridicule», déclare-t-il.

Parce qu’ils ont des goûts musicaux particuliers ou qu’ils s’habillent en gothique, Damien Echols, Jason Baldwin et Jessie Misskelley Jr., suspectés de satanisme, seront jugés coupables. Ils passeront 17 ans en prison avant que la Cour suprême de l’Arkansas exige finalement leur libération. «Encore aujourd’hui, on ne sait pas qui sont les véritables criminels. Une simple recherche sur internet et vous verrez que cette affaire qui fascine toujours des milliers de personnes est incroyablement bien documentée. Pourtant, le mystère reste entier», assure-t-il.

En effet, plusieurs documentaires bien fouillés ont déjà traité du sujet. La trilogie Paradise Lost (1996) de Joe Berlinger et Bruce Sinofsky – véritable enquête parallèle – a fini par ancrer le fait divers dans la culture populaire. Plus récemment, le très réussi West of Memphis d’Amy Berg est allé plus loin en s’intéressant à la personnalité violente de l’un des pères des garçons assassinés.

«Oui, cet homme est une personne terrible. On sait par exemple qu’il abusait de sa fille. Il a d’ailleurs été arrêté plusieurs fois. Malgré tout, rien ne prouve qu’il ait tué les trois garçons. Vous savez, il existe plusieurs théories, mais aucune preuve incriminante et tangible pour accuser qui que ce soit», ajoute le cinéaste.

EN IMAGES: (Suite du texte dessous)

Nœud du diable: le film en images

Selon Egoyan, son film qui met en scène Reese Witherspoon et Colin Firth dans les rôles-titres est une fiction et n’a donc pas vocation à donner de réponse. Comme d’habitude dans les œuvres du réalisateur, l’important, c’est ce qu’il y a autour. «Tout y est kafkaïen. Il existe de nombreuses pistes, néanmoins rien de tout cela ne nous rapproche davantage de la vérité. Les circonstances du crime sont presque paranormales, comme si quelque chose, impossible à identifier, avait méticuleusement posé dans le marécage les corps de ces enfants», poursuit-il.

Sans vérité que reste-t-il de cette histoire? «Le désespoir évidemment, répond Egoyan. La plupart de mes films possèdent une fin, autant de conclusion permettant certaines réponses. Toutefois, Nœud du diable demeure sans espoir. C’est une œuvre désespérante. Rien n’est aussi captivant que ce genre de récit qui en dit au fond beaucoup sur nos actes».

Nœud du diable (Devil’s Knot) – Remstar – Drame policier – 114 minutes – Sortie en salles le 24 janvier 2014 – États-Unis.

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