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28/01/2014 04:38 EST | Actualisé 30/03/2014 05:12 EDT

L'artiste peintre Fernand Leduc meurt à l'âge de 97 ans

MONTRÉAL - L'une des figures marquantes de l'art contemporain québécois, le peintre Fernand Leduc, est décédé mardi, à l'âge de 97 ans.

L'un des signataires du manifeste «Refus Global», Fernand Leduc aura su s'inscrire au cours de sa vie au sein des plus grands courants artistiques du Québec de la fin du siècle dernier.

Anne Grace, conservatrice au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), a parlé d'un artiste «extrêmement éloquent dans ses paroles et sa peinture», qui a su rester pertinent pendant plus de 60 ans de carrière.

«C'était quelqu'un qui était grandement respecté parmi le groupe des automatistes, un homme extrêmement éloquent à la fois par ses paroles et par ses peintures. Sa capacité d'exprimer son art d'une façon extrêmement claire l'a vraiment distingué dans le groupe», a soutenu Mme Grace, qui a dit avoir eu l'occasion de constater sa puissante énergie créatrice dans son atelier de Montréal il y a deux ou trois ans.

Josée Bélisle, conservatrice des collections au Musée d'art contemporain de Montréal, a évoqué un «grand artiste» et un «grand penseur».

«Il a constamment repoussé et renouvelé les limites du vocabulaire pictural. Il s'agissait d'un grand maître de l'abstraction», a-t-elle fait valoir, soulignant que l'exposition en cours «La question de l'abstraction» compte quatre oeuvres de M. Leduc.

Mme Bélisle a aussi salué son «intention profonde d'explorer la couleur et la lumière» qui lui permettait de toucher le plus grand nombre.

Inscrit à l'École des beaux-arts de Montréal en 1938, il en sort diplômé en 1943, étant entre-temps devenu membre de la Société d'art contemporain, fondée en 1939 dans le but de sensibiliser le public montréalais à l'art moderne.

En 1941, il fait la rencontre de Paul-Émile Borduas. Mais ce n'est qu'un an plus tard, lorsqu'il voit les gouaches de Borduas exposées à l'Ermitage, que le parcours artistique de Leduc prend son premier virage.

Dès lors, il sera présent à toutes les manifestations du groupe des automatistes, mené par Borduas et créé à l'issue de l'exposition de l'Ermitage. Il signera leur manifeste en 1948, aux côtés de 16 autres artistes, dont Jean-Paul Riopelle, Marcel Barbeau, Marcelle Ferron, Claude et Pierre Gauvreau ainsi que Françoise Sullivan.

L'aîné du groupe, Leduc est également considéré comme son théoricien et propagandiste.

L'artiste n'est toutefois plus au Québec lorsqu'est publié le «Refus Global». Souhaitant faire connaître les automatistes aux artistes d'ailleurs, il quitte Montréal en 1947 à destination de Paris, où il participe à l'exposition «Automatisme», qui porte en partie sur le groupe montréalais et qui fera découvrir au public français les peintres québécois qui s'inscrivent dans le courant. Le premier séjour de Leduc en terre française mène également à sa rencontre avec la poète Thérèse Renaud, qui deviendra son épouse.

Fernand Leduc ne renie cependant pas pour autant sa terre natale et il revient régulièrement à Montréal, dont une première fois en 1953. Sa production artistique vit à l'époque une transformation: Leduc se préoccupe désormais davantage des contrastes entre formes et couleurs et passe à une forme d'abstraction dite «hard edge».

Parallèlement, il se lie alors d'amitié avec des membres des Plasticiens, autre mouvement pictural important du Québec qui partage une vision artistique qui s'apparente à la sienne. Le nouveau sujet artistique de l'artiste donne lieu en 1955 à l'exposition Espace 55, au Musée des beaux-arts de Montréal, l'année même du lancement du manifeste des Plasticiens.

La nouvelle orientation de Leduc tranche toutefois avec les oeuvres des peintres automatistes avec lesquels il a débuté sa carrière et Borduas désapprouve le changement de cap de sa production picturale.

Leduc fonde néanmoins en 1956 l'Association des artistes non-figuratifs de Montréal (AANFM), avec ses collègues automatistes et anciens disciples de Borduas: Pierre Gauvreau, Jean-Paul Riopelle, Jean-Paul Mousseau et Françoise Sullivan. L'AANFM, dont il aura été le premier président, dénonce la prétention du post-automatisme de détenir le monopole du non-figuratif.

Au cours des années 1960, il redirige à nouveau sa production picturale vers une abstraction plus structurée pour étudier la lumière. Ce nouveau sujet donne naissance à la série des «Microchromies», qui sont entre autres exposées au Musée d'art contemporain de Montréal en 1980.

Entre-temps, il retrouve la France de 1959 à 1970. Il revient par la suite au Québec pendant deux ans, pour enseigner à l'Université Laval, à Québec, et à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). De retour en Europe pendant quelques années, M. Leduc décide finalement de revenir définitivement à Montréal, en 2006.

Au cours des dernières années, Fernand Leduc a été le sujet d'une exposition individuelle au Musée national des beaux-arts, à Québec, en 2006, ainsi qu'à la Galerie Graff de Montréal, en 2008. Ses oeuvres ont également été présentées dans le cadre de l'exposition «Refus Global: 60 ans plus tard» du Musée des beaux-arts de Montréal, en 2008.

Fernand Leduc s'est vu remettre un doctorat honoris causa par l'UQAM, en 2006, et il a été décoré de prestigieux prix, dont le Prix Paul-Émile Borduas, qui lui a été décerné par le gouvernement du Québec en 1988, de même que le Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques, en 2007.

La première ministre du Québec, Pauline Marois, a fait valoir, mardi, que le talent de Fernand Leduc avait été maintes fois salué par ses pairs et mondialement reconnu.

«Fernand Leduc figure parmi ceux qui ont contribué à faire entrer le Québec dans la modernité. Son oeuvre témoigne de l'effervescence artistique du XXe siècle, autant que d'un esprit créateur sensible, original et authentique. Fernand Leduc fait partie des incontournables de l'art québécois», a exprimé Mme Marois par communiqué.

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