NOUVELLES
28/01/2014 12:15 EST | Actualisé 29/03/2014 05:12 EDT

En Chine, "Estomac-roi" a le ventre plus grand que les cieux

Alors qu'il vient d'engloutir deux douzaines de bols de nouilles, Pan Yizhong en demande encore: il n'a pas volé son titre d'"Estomac-roi" de la Chine.

Ce mangeur exceptionnel, encouragé par les vivats du public rassemblé dans une école de kungfu du centre du pays, est étonnamment maigre pour la discipline dans laquelle il excelle. Ce "sport", consistant à manger plus que les autres, est formellement contre-indiqué par les médecins, mais très populaire au Japon et aux Etats-Unis.

Aujourd'hui, M. Pan, 45 ans, a de nouveau défait un par un ses adversaires.

Satisfait d'avoir confirmé son statut, il affiche un sourire à ses lèvres, où restent accrochées quelques traces de son repas pantagruélique. Il ne transpire qu'à peine. "Je peux continuer", assure-t-il.

La compétition s'était ouverte un peu plus tôt dans un club d'arts martiaux de la ville de Liuyang. "Vas-y, Estomac-roi!", ont d'abord scandé les supporteurs de Pan. Puis le silence s'est installé, l'assemblée assistant ébahie à la joute d'engloutissement.

Les participants ont calé les uns après les autres, le meilleur d'entre eux ne parvenant pas à dépasser 25 bols. Pan, lui, a presque atteint 40 bols.

Des vers en digestif

Et il a conclu son festin en avalant une assiette de vers vivants, croquant ostensiblement les invertébrés se tortillant entre ses dents redoutables.

Avant une compétition telle que celle-ci, il s'interdit de manger pendant 24 heures: "Si mon ventre est vide, je me sens alors affamé".

Et entre deux épreuves, il se maintient en forme en nageant dans une rivière près de son domicile. "Il faut brûler beaucoup de calories, sinon vous engraissez", dit-il.

"Estomac-roi est notre maître", admet Lu Nan, l'un des concurrents vaincus. "Il a des pouvoirs magiques".

Pourtant Pan Yizhong dit avoir conscience de ses limites. Par exemple, il ne s'estime pas de taille à rivaliser avec le champion Joey Chestnut, un Californien de près de 100 kilos qui a l'an dernier à New York conservé son titre de plus gros mangeur de hot-dogs du monde: 69 dévorés en 10 minutes!

Le Chinois a de son côté déjà englouti 147 bouchées fourrées à la suite, ou encore 40 bols de nouilles en 15 minutes, ses meilleures performances.

De quoi lui assurer une certaine notoriété, mais effets relatifs: "Je ne gagne pas beaucoup d'argent", se plaint-il, en déplorant le faible nombre de compétitions régulières en Chine et la modestie des cachets proposés par les restaurants où il se produit.

Dur de trouver l'âme soeur

Son crâne ceint d'un bandeau affichant "Estomac-roi", il confie aussi que sa passion lui a coûté son mariage.

Après avoir été ouvrier dans une usine de produits carnés, il est au chômage et célibataire. Son maillot de cycliste est incrusté de taches d'huile alimentaire.

"Il me faut moi-même laver mon linge, et je ne suis très pas bon dans ce domaine", glisse-t-il. "Je vis seul, car il est difficile de trouver l'âme soeur avec une telle profession".

Lui-même est né une dizaine d'années après la famine du Grand bond en avant, quand la folie collectiviste maoïste a causé de 1958 à 1962 près de 45 millions de morts.

"J'ai grandi à l'époque de l'économie planifiée, on ne pouvait manger des bons mets et de la viande que lors d'occasions spéciales", relate-t-il.

Aujourd'hui le surpoids ou l'obésité touchent plus d'un tiers des Chinois âgés de 20 à 69 ans, selon une étude publiée l'an dernier. Une tendance qui s'aggrave, notamment chez les enfants uniques, dans un pays où les "petits empereurs" citadins ont troqué leur vélo pour un écran tactile et leur bol de riz pour un hamburger.

tjh-seb/jug/cac

PLUS:hp