NOUVELLES
28/01/2014 08:23 EST | Actualisé 30/03/2014 05:12 EDT

Des prisons syriennes aux négociations de Genève, le destin de Noura al-Amir, 26 ans

Il y a encore peu, Noura al-Amir était soumise au supplice des décharges électriques dans des prisons syriennes, de Damas à Homs. Cette jeune femme de 26 ans est désormais assise en face aux dignitaires du régime syrien, qui négocient en Suisse avec l'opposition.

Rencontrée dans un salon de l'hôtel Intercontinental de Genève, tout près du siège de l'ONU où se déroulent les toute premières négociations de paix entre le régime syrien et l'opposition, Noura al-Amir évoque sa "rencontre" avec les émissaires de Bachar al-Assad.

Le face à face s'est déroulé la semaine précédente à Montreux, au tout début de la conférence sur la Syrie. Des dizaines de diplomates d'une quarantaine de pays et organisations étaient présents. Et la délégation menée par le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem, juste en face d'elle.

"Quand je me suis retrouvée en face de ceux qui représentaient le bourreau", dit-elle en référence à Bachar al-Assad, "c'était comme si je voyais les visages des tueurs, de ceux qui bombardent, de ceux qui torturent".

"Ce n'était pas facile", dit simplement l'ancienne étudiante en littérature de l'université de Homs.

"J'ai eu le même sentiment que celui que j'avais en prison à l'égard des geôliers: le mépris et le défi", assure-t-elle.

Exil en Turquie

Elue le 7 janvier vice-présidente de la Coalition nationale, la principale instance de représentation de l'opposition, elle est membre à Genève de la délégation "technique", ceux qui appuient les négociateurs lors des sessions de pourparlers.

Originaire de Homs, ville du centre de la Syrie et symbole de la contestation, Noura rejoint les rangs de la "révolution" en avril 2011. Les bombardements massifs de l'époque, qu'elle qualifie de premier "massacre", la décident à arrêter son mémoire d'études.

"Je faisais partie d'un groupe sur le terrain qui travaillait pour élargir le soutien populaire à la révolution, organiser les manifestations, distribuer des tracts, mettre des haut-parleurs dans des espaces publics d'où on pouvait entendre des slogans contre le régime", se rappelle-t-elle.

La jeune femme, de confession sunnite, est arrêtée en mars 2012 dans un bus en route pour Alep. "Ils sont montés, armés dans le bus et m'ont arrêtée. Je ne ressentais rien", dit-elle en précisant qu'elle s'y attendait "depuis longtemps".

Dans les six mois qui suivent, elle connaît la noirceur de trois prisons du régime à Damas. Puis elle est condamnée à trois mois de prison pour "atteinte à l'autorité de l'Etat et à la personne du président" et "incitation aux dissensions confessionnelles". Elle purge sa peine à Homs.

"Ils m'ont un peu frappée et m'ont infligé des décharges électriques, ce n'est pas grand chose", dit-elle en faisant un geste de la main. Elle évoque une "guerre psychologique", les menaces de mort contre ses proches".

"Je ne savais pas si j'allais m'en sortir. J'étais toute seule dans une cellule. Mes parents ne savaient pas où j'étais".

Puis ses yeux se remplissent de larmes. "J'ai honte de parler de mon expérience en prison. D'autres ont tellement plus souffert", dit-elle.

Elle raconte les viols, les détenus battus ou le supplice infligé à une femme de Deraa, "qui avait des marques partout sur le corps parce qu'elle a été fouettée et surtout soumise à des décharges électriques".

A sa libération en octobre 2012, sa soeur de 20 ans est arrêtée et torturée. Elle subit notamment le supplice du "chabah" qui consiste à suspendre le détenu par les mains liées à une poulie. Sa soeur se déboite ainsi l'épaule avant d'être suspendue par son bras blessé.

Réfugiée en Turquie, tout comme sa soeur, Noura al-Amir reste en contact grâce à internet avec ses amis à Homs, dont les quartiers rebelles sont assiégés depuis 600 jours et où les habitants vivent dans des conditions épouvantables. "Des parents donnent des somnifères à leurs enfants pour qu'ils oublient la faim, des habitants mangent les herbes qui poussent un peu partout", raconte-t-elle.

"Depuis 18 mois, des enfants, des malades, des vieux meurent de faim à Homs", martèle-t-elle.

Alors que les négociations entre le régime et l'opposition semblent dans l'impasse à Genève, notamment sur la question des envois humanitaires à faire entrer dans Homs, Noura al-Amir reste persuadée que le processus engagé peut changer les choses.

"Il y a eu une bataille pacifiste, puis une bataille militaire, il faut qu'il y ait maintenant une bataille politique", résume-t-elle.

rd-nl-kat/pjt/fw

PLUS:hp