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28/01/2014 10:06 EST | Actualisé 30/03/2014 05:12 EDT

Commission Charbonneau: Arsenault nie catégoriquement l'offre de pot-de-vin

MONTRÉAL - L'ancien président de la FTQ Michel Arsenault a catégoriquement nié, mardi, avoir reçu et refusé une offre de pot-de-vin de 300 000 $ dans le dossier Carboneutre, comme l'avait affirmé le témoin Ken Pereira devant la Commission Charbonneau.

M. Pereira avait soutenu qu'«un Italien», accompagné de Jocelyn Dupuis, ancien directeur général de la FTQ-Construction, avait offert cette somme de 300 000 $ à M. Arsenault pour tenter de faire passer le dossier de l'entreprise de décontamination des sols Carboneutre au Fonds de solidarité, ce que M. Arsenault aurait refusé.

«Je n'ai jamais, jamais, jamais eu une offre de pot-de-vin, dans toutes mes années à la présidence de la FTQ. Je n'ai jamais eu une offre de pot-de-vin de M. (Domenico) Arcuri, de Jocelyn Dupuis ou de qui que ce soit. Ce serait plus facile pour moi, ce matin, de dire que j'ai eu une offre et que je l'ai refusée. Ce serait beaucoup plus facile, mais je ne mentirai pas devant votre commission», a-t-il martelé.

Il avance une hypothèse pour expliquer la méprise de M. Pereira: il a pu affirmer devant Ken Pereira que «même si quelqu'un arriverait avec 300 000 $», il refuserait l'offre.

Crime organisé

Du même souffle, M. Arsenault a admis qu'il avait entendu dire que le crime organisé voulait entrer au Fonds de solidarité, le fonds dont il était aussi président du conseil d'administration. On lui avait même rapporté que parce qu'il ne voulait pas coopérer avec le crime organisé, celui-ci voulait le «faire sauter» de son poste de président de la FTQ.

M. Arsenault a rapporté avoir entendu ces propos par l'intermédiaire de l'entrepreneur en construction Tony Accurso. Il en attribue la paternité à Jocelyn Dupuis, ancien directeur général de la FTQ-Construction.

«J'ai dit à Gilles Audette (son conseiller politique): 'regarde, je ne plierai pas devant des menaces de qui que ce soit. Et si ça persiste, on ira voir les autorités concernées'. Maintenant, ça s'est arrêté là. Je n'ai jamais eu d'autres indications que le crime organisé était après moi ou voulait me faire sauter comme président de la FTQ», a rapporté M. Arsenault.

Malgré cela, M. Arsenault affirme ne pas avoir craint pour sa sécurité ou sa vie. «Il pouvait y avoir bien du bla bla, là-dedans également, je ne le sais pas. Personnellement, je n'ai pas pris ça au sérieux plus qu'il faut», a soutenu M. Arsenault.

«Je ne me suis jamais levé le matin en regardant en-dessous de mon auto pour voir s'il y a une bombe. Je n'ai jamais eu peur de ce monde-là, parce que je prenais ça avec un grain de sel. Je ne me suis jamais senti menacé. C'était mi-sérieux, puis je me disais 'si ça devient une boule de neige et grossit, on fera de quoi'. Et, en même temps, gardons ça mort pour préserver le Fonds de solidarité, sa réputation et la confiance des actionnaires», a admis M. Arsenault.

À ses yeux, «on s'est tenu debout» et le Fonds a pu résister aux approches du crime organisé, dans les dossiers comme Carboneutre et LM Sauvé, une entreprise de maçonnerie.

«À la FTQ, il y a bien du bla bla: 'hey, le crime organisé veut rentrer à la FTQ et mettre la main sur le Fonds'. J'ai protégé le Fonds de solidarité et la FTQ, durant mes six ans de présidence, comme la prunelle de mes yeux. Et il n'y a pas eu de crime organisé au Fonds de solidarité et, à ma connaissance, il n'y a pas eu de crime organisé à la FTQ non plus», a tranché M. Arsenault.

Menaces de Pereira

Des menaces, il affirme cependant en avoir reçu de Ken Pereira, ex-directeur de la section locale des mécaniciens industriels, affiliée à la FTQ-Construction.

Sur des extraits d'écoute électronique entendus mardi, on entend effectivement M. Pereira laisser des messages virulents à M. Arsenault sur son répondeur téléphonique, en avril 2010, où il le traite de «vidange», «host... de pourriture», «enfant de chienne», «trou de cul». Et il ajoute: «tu vas payer pour ça», «compte tes jours comme président», «lundi, t'es fini», «je vais sortir tes enregistrements à toi».

M. Pereira a admis devant la commission qu'il avait enregistré plusieurs personnes à leur insu dans son combat à l'interne et pour étayer ses dires.

À cette époque, M. Pereira était en colère parce que ses membres mécaniciens industriels n'arrivaient pas à trouver du travail dans les entreprises du Québec. La grande majorité des mécaniciens industriels sont en effet syndiqués au Conseil provincial du Québec des métiers de la construction, l'organisation syndicale rivale de la FTQ-Construction. Et ce sont eux qui sont le plus souvent embauchés par les employeurs. M. Pereira reprochait à la FTQ-Construction de ne pas le soutenir suffisamment dans ses démarches pour faire embaucher ses membres.

La procureure chef, Sonia LeBel, a tenté de faire dire à M. Arsenault qu'il ne s'agissait pas vraiment de menaces de la part de M. Pereira, seulement de la frustration, mais M. Arsenault a objecté: «Moi, je me sens menacé en écoutant ça».

Il a dit que Ken Pereira était devenu obnubilé par sa guerre contre Jocelyn Dupuis et la FTQ-Construction. «Ken Pereira, il a un problème entre les deux oreilles. Il déteste Jocelyn Dupuis avec une passion incroyable. Et moi, je soupçonne Ken Pereira de vouloir détruire la FTQ et la FTQ-Construction», a conclu l'ex-président de la plus grande centrale syndicale du Québec.

Bien agi avec Dupuis

Concernant les notes de frais de Jocelyn Dupuis, M. Arsenault a soutenu qu'il n'avait pas eu d'autre choix que d'aller voir le président de la FTQ-Construction Jean Lavallée, après que Ken Pereira eut étalé sur son bureau les factures de Dupuis des six derniers mois.

M. Arsenault a affirmé qu'il ne pouvait régler ça lui-même, puisqu'il n'avait pas de lien hiérarchique avec le directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis. Il ne pouvait le congédier puisque la FTQ-Construction est autonome et que lui n'avait qu'une autorité morale sur la FTQ-Construction.

Et, selon M. Arsenault, il ne s'est écoulé que deux ou trois semaines entre le moment où Ken Pereira lui a montré les factures de Jocelyn Dupuis, à la fin août ou au début de septembre 2008, et celui où il a obtenu que Dupuis quitte son poste, après lui avoir dit que ses dépenses étaient «indéfendables».

Il s'est dit convaincu en son «âme et conscience» qu'il a fait son travail dans le cas de Jocelyn Dupuis. Il s'est tout de même dit «horrifié» que la FTQ-Construction ait versé une indemnité de départ à M. Dupuis et qu'elle n'ait pas veillé à ce qu'il rembourse effectivement ses 75 000 membres.

Par ailleurs, il affirme n'avoir entendu que des «histoires» voulant que Jean Lavallée, ex-président de la FTQ-Construction, touchait des pots-de-vin lorsqu'il présidait le conseil d'administration de la SOLIM, le bras immobilier du Fonds.

«Je n'ai jamais eu de preuves que Jean Lavallée prenait des pots-de-vin, jamais, jamais, jamais», a-t-il dit.

Mais le commissaire Renaud Lachance lui a souligné que dans certains extraits d'écoute, ce ne sont pas de vagues rumeurs qui font état de pots-de-vin acceptés par Jean Lavallée, mais le pdg du Fonds de solidarité, Yvon Bolduc, qui le lui rapporte.

M. Arsenault, le président du conseil d'administration, a répliqué qu'il s'attendait à ce que M. Bolduc, le pdg, lui apporte des preuves.

«Chaque fois que j'ai eu des vraies preuves, j'ai agi immédiatement», a conclu M. Arsenault.

Son témoignage se poursuit mercredi.

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