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28/01/2014 02:53 EST | Actualisé 29/03/2014 05:12 EDT

Afrique du Sud: deux partis d'opposition s'allient contre l'ANC avant les élections

Le principal parti de l'opposition sud-africaine, l'Alliance Démocratique (DA), a annoncé mardi un accord avec la petite formation Agang de l'intellectuelle noire Mamphela Ramphele pour affronter l'ANC, le parti dominant, aux prochaines élections générales.

"Mme Ramphele a accepté d'être notre candidate à la présidence pour les élections générales de 2014", a annoncé Helen Zille, la présidente de la DA, lors d'une conférence de presse au Cap.

"La chose importante, c'est que nous partageons les mêmes valeurs", a-t-elle souligné.

Les élections, dont la date reste à annoncer, sont prévues au deuxième trimestre, peut-être en avril. Le parti majoritaire à l'Assemblée nationale emportera la présidence.

Avant de fonder Agang en 2013, Mme Ramphele, 66 ans, une ancienne directrice de la Banque mondiale, avait engagé des pourparlers infructueux avec la DA --qui avait obtenu 17% des voix aux élections générales de 2009 et 24% aux municipales de 2011.

Agang n'a cependant pas réussi à décoller, a rencontré des problèmes financiers et plusieurs de ses lieutenants ont claqué la porte, selon les médias locaux.

Réputée pour sa critique franche des ratés de la jeune démocratie sud-africaine, Mme Ramphele fut la compagne du héros de la conscience noire et martyr de la lutte anti-apartheid Steve Biko (1946-1977). Mais elle n'est pas une grande oratrice et n'a jamais vraiment réussi à déplacer les foules.

"La mort de Nelson Mandela a changé beaucoup de choses en Afrique du Sud", a-t-elle exposé mardi.

"Ce n'est pas le moment de parler de l'ANC. Vous savez tout: l'argent volé, les promesses non tenues, les emplois perdus, l'effondrement du rand, la corruption, les hôpitaux sales, les écoles sans manuel, les rues, logements et lieux de travail qui restent dangereux", a-t-elle ajouté.

"Nous voulons plutôt parler de demain, ce jour où nous commençons à ranimer les promesses de 1994", date d'avènement de la démocratie, a-t-elle dit.

L'opposition sud-africaine n'a pratiquement aucune chance de battre l'ANC, qui est au pouvoir depuis 1994. Mais, conjuguée à l'abstentionnisme, elle pourrait faire chuter le parti de Nelson Mandela sous la barre des 60% pour la première fois.

Pour l'Alliance Démocratique, taxée de parti de Blancs par l'ANC même si elle comprend plusieurs personnalités noires comme Lindiwe Mazibuko, chef du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale, ou Mmusi Maimane, candidat au poste de chef de gouvernement provincial dans la région de Johannesburg-Pretoria, Mme Ramphele est une alliée de choix.

Elle incarne une opposition noire et intellectuelle, et représente ceux qui ont lutté contre l'apartheid sans faire partie de l'ANC.

L'ANC l'a accusée de cracher dans la soupe en critiquant la politique d'émancipation économique des Sud-Africains noirs --le Black Economic Empowerment (BEE)-- qui favorise l'embauche de candidats noirs et impose aux entreprises de prendre à leur capital des sociétés ayant des propriétaires ou des dirigeants noirs.

Elle-même a fait fortune en présidant les conseils d'administration de grandes sociétés, telle que Gold Fields, une des plus importantes compagnies aurifères du monde. Elle a également siégé au conseil d'administration d'Anglo American, de Standard Bank et de Mediclinic, un des plus grands hôpitaux privés du pays.

Vieille amie de Mme Zille qui a été sa collaboratrice lorsqu'elle était vice-présidente de l'université du Cap, Mamphela Ramphele partage le credo économique libéral de l'Alliance Démocratique.

Deux autres partis d'opposition ont pactisé la semaine dernière: l'EFF du jeune tribun exclu de l'ANC Julius Malema, à la ligne populiste, et l'Inkatha Freedom Party, mouvement incarnant le conservatisme zoulou et ennemi historique de l'ANC.

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