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27/01/2014 09:06 EST | Actualisé 29/03/2014 05:12 EDT

Le président ukrainien prêt à éliminer les lois anti-manifestations

KIEV, Ukraine - Le président fortement contesté en Ukraine a accepté lundi d'éliminer des lois dures contre les manifestations qui ont alimenté une série d'affrontements entre des militants et des policiers au cours de la dernière semaine, une concession à l'opposition potentiellement substantielle, mais qui ne répond pas à toutes ses demandes.

En outre, une possible amnistie des manifestants arrêtés a été liée à la condition que les militants cessent l'occupation d'édifices, mettent fin à leurs démonstrations incessantes et démontent leur camp de tentes à la Place de l'indépendance à Kiev, a indiqué la ministre de la Justice, Elena Lukash, sur le site web présidentiel.

Lors d'une rencontre entre des principaux leaders de l'opposition et le président Viktor Ianoukovitch tard lundi, «une décision politique a été prise d'éliminer les lois du 16 janvier», a dit Mme Lukash.

L'abandon de ces lois, qui devrait être adopté lors d'une séance parlementaire extraordinaire, mardi, semble marquer un recul majeur pour le gouvernement. La séance doit aussi inclure un débat sur la responsabilité gouvernementale dans la crise, laissant croire qu'un remaniement du cabinet est imminent.

L'Ukraine n'a aucune intention de proclamer prochainement l'état d'urgence, avait indiqué plus tôt lundi le ministre des Affaires étrangères, mais des craintes persistent de voir les autorités avoir recours à la force pour écraser des manifestations qui ne cessent de prendre de l'ampleur.

La ministre ukrainienne de la Justice, Elena Loukash, avait précédemment menacé d'imposer l'état d'urgence si les manifestants qui ont occupé son ministère pendant la nuit ne quittaient pas les lieux. Les militants sont sortis, mais ils ont continué à manifester à l'extérieur. Les manifestants occupaient toujours tard lundi trois édifices importants dans le centre-ville de Kiev, dont l'hôtel-de-ville.

Une colère réprimée depuis longtemps s'est transformée en violence la semaine dernière, quand des manifestants rendus furieux par de nouvelles lois adoptées à la hâte par le président Viktor Ianoukovitch ont affronté les forces de l'ordre. Trois personnes ont été tuées, mais deux ont été abattues par des armes de chasse que la police dit ne pas utiliser.

Maintenant que les manifestants sont prêts à se mettre en danger, la proclamation d'un état d'urgence risquerait de provoquer des batailles rangées dans les rues de la capitale.

«Aujourd'hui, une telle mesure n'est pas sur la table», a dit aux journalistes le ministre des Affaires étrangères, Leonid Kozhara.

Lors d'une apparition à la télévision, Mme Loukash a souligné que les «soi-disant manifestants» se sont emparés de son ministère au moment où des employés étaient à préparer des mesures d'amnistie et à apporter des changements à la Constitution pour accorder plus de pouvoirs au premier ministre.

Un leader de l'opposition ukrainienne, Arseni Iatseniouk, prévenait qu'une session spéciale du parlement prévue pour mardi sera «le jour du jugement dernier». M. Iatseniouk a déjà refusé le poste de premier ministre qui lui avait été offert par le président Viktor Ianoukovitch.

L'opposition réclame la démission du président, des élections anticipées, en plus de l'annulation de la loi anti-manifestations.

M. Iatseniouk a aussi précisé que l'opposition demanderait au président de signer une entente de libre-échange avec l'Union européenne et de libérer les prisonniers politiques, dont l'ancienne première ministre Ioulia Tymochenko.

L'offre faite par M. Ianoukovitch, survenue alors que la colère de la foule augmente et se répand à une bonne partie du pays, semble représenter à la fois une concession et une stratégie adroite visant à acculer l'opposition dans un coin.

Accepter l'offre pourrait caractériser M. Iatseniouk comme un vendu aux yeux des manifestants, mais la rejeter pourrait le faire paraître obtus et fermé à l'idée de tenter de trouver une sortie de crise à moins que tous n'y trouvent satisfaction. La décision du gouvernement de rehausser les pouvoirs du premier ministre pourrait rendre l'offre plus attrayante.

Les rassemblements ont commencé à la fin du mois de novembre pour dénoncer la décision de Viktor Ianoukovitch de ne pas signer une entente qui aurait permis à l'ancienne république soviétique de renforcer ses liens avec l'Union européenne. Ils sont demeurés relativement pacifiques jusqu'à la semaine dernière, lorsque des factions radicales fâchées des nouvelles lois contre les manifestations se sont engagées dans de violents affrontements avec les forces de sécurité.

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