NOUVELLES
27/01/2014 06:34 EST | Actualisé 29/03/2014 05:12 EDT

La Conférence sur la Syrie à Genève bloque, et les convois d'aide tardent

GENÈVE - L'élément clé d'un gouvernement de transition pour remplacer le président Bachar el-Assad a bloqué toute avancée, lundi, dans les négociations de paix en Syrie, décrites par un délégué de l'opposition comme un «dialogue de sourds».

Le médiateur en chef de l'ONU, Lakhdar Brahimi, a exprimé sa frustration à l'égard des propos enflammés par les deux parties en discussions sur la situation en Syrie, alors qu'il tente de cerner certains enjeux moins controversés dans l'espoir de quelques avancées à la table des négociations.

Mais même les tentatives les plus modestes ont échoué, incluant les questions des convois d'aide devant atteindre des portions assiégées de la ville du centre du pays de Homs, et la libération des prisonniers détenus dans les prisons gouvernementales.

Le regard sombre, M. Brahimi a déclaré à la fin de la journée qu'il n'avait rien à rapporter, faisant valoir qu'il n'y avait pas eu de «miracles». Le médiateur a tout de même ajouté que les deux parties semblaient malgré tout avoir la volonté de poursuivre les discussions.

M. Brahimi a évoqué des problèmes de sécurité pour expliquer en partie ces délais dans l'acheminement de l'aide. La délégation de l'opposition a très peu de contrôle sur les groupes armés sur le terrain en Syrie. Des combattants affiliés à la Coalition nationale syrienne sont embarqués dans des combats meurtriers contre des activistes soutenus par Al-Qaïda, qui n'acceptent pas l'autorité de l'organisation et ne se sentent pas liés par les accords conclus à Genève.

L'opposition en Syrie soutient qu'il n'y a pas eu de progrès concernant les convois d'aide.

Un accord de principe a été conclu dimanche dans le but de permettre aux femmes et enfants de quitter une partie de la vieille ville de Homs soumise à un blocus.

Monzer Akbik, membre de l'opposition, estime toutefois que les gens pris au piège devraient recevoir de l'aide dans leur ville et avoir la liberté de la quitter ou d'y rester. Il accuse les dirigeants syriens d'avoir bloqué un convoi de 12 camions qui voulait rallier la ville.

«Nous jugerons le régime par ses gestes et non par ses paroles», a-t-il dit.

La télévision syrienne rapportait de son côté que des représentants du gouvernement et de l'ONU se rencontrent à Homs pour discuter de l'évacuation des femmes et des enfants coincés dans les zones contrôlées par les rebelles.

Rami Adburrahman, de l'Observatoire syrien des droits de la personne à Londres, a expliqué que la rencontre à Homs vise à identifier un endroit sécuritaire vers lequel les femmes et les enfants pourraient être transportés. On ne sait pas à quel moment l'évacuation pourrait débuter.

La chaîne syrienne Al-Ikhbariya a cité le gouverneur de Homs, Talal Barrazi, selon qui cette entente «n'a rien à voir avec ce qui se passe à Genève».

«Nous attendons la réponse des organisations internationales concernant le nombre de gens qui veulent partir», a ajouté M. Barrazi par voie de communiqué.

L'ambassadrice des États-Unis aux Nations unies a par ailleurs appelé la Russie à user de son influence auprès du régime syrien pour favoriser l'aide humanitaire dans la ville assiégée de Homs.

Samantha Power, dans un discours durant la Journée internationale de commémoration de l'Holocauste, a déclaré qu'au même titre que les soldats russes avaient libéré Auschwitz en 1945, «le monde a encore besoin de l'influence de la Russie, cette fois pour s'assurer que la nourriture se rende aux gens désespérés et affamés piégés à Homs, Yarmouk, dans les banlieues de Damas et ailleurs».

«Les horreurs de l'Holocauste n'ont pas de pareils, mais le monde continue d'être frappé par des crimes qui ébranlent les consciences, a dit Mme Power au cours de l'événement. Il y a des gens qui sont pris au piège dans leurs propres quartiers. Ils sont attaqués et affamés. Ils ont désespérément besoin de nourriture et, malgré tout, l'aide ne peut pas les rejoindre car le régime ne le permet pas.»

La délégation russe aux Nations unies a critiqué Mme Power pour la référence à l'Holocauste sur la question syrienne.

«Dialogue de sourds»

À Genève, la première rencontre devant porter sur l'épineux sujet d'un gouvernement syrien de transition a pris fin après seulement une heure lundi, au terme d'une session tendue qu'un participant a qualifié de «dialogue de sourds».

Le gouvernement syrien a déjà indiqué qu'il ne discutera pas du départ du président Bachar el-Assad, dont la famille dirige le pays depuis 1970. L'opposition réclame quant à elle son départ en faveur d'un gouvernement transitoire qui dirigerait le pays jusqu'à la tenue d'élections.

L'émissaire onusien Brahimi avait réussi à rassembler les deux camps dans une même pièce en fin de semaine. Après le début de la rencontre de lundi, la délégation gouvernementale a présenté un document portant sur la nécessité de lutter contre le terrorisme et de mettre fin au financement et aux envois d'armes aux rebelles qui cherchent à renverser le régime.

Les deux parties ont indiqué que l'opposition a rejeté ce document, et l'opposition dit avoir insisté pour discuter d'un gouvernement transitoire, comme prévu.

«À ce moment, le ton a monté encore plus et ils (les représentants gouvernementaux) ont commencé à nous sermonner, a dit Murhaf Joueijati, de la Coalition nationale syrienne. Nous avons considéré qu'il ne valait pas la peine de poursuivre puisque ce serait un dialogue de sourds.»

Enfin, la mission internationale qui oeuvre à neutraliser l'arsenal chimique syrien affirme qu'une deuxième cargaison de produits toxiques a quitté le pays.

La mission commune de l'ONU et de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques ajoute que la cargaison a été placée à bord de navires danois et norvégiens, qui profitaient d'une escorte navale fournie par la Chine, la Russie, le Danemark et la Norvège.

Une première cargaison avait été évacuée il y a trois semaines.

PLUS:pc