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26/01/2014 10:00 EST | Actualisé 28/03/2014 05:12 EDT

Ukraine: l'opposition dans une position délicate après l'offre du pouvoir

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a placé ses adversaires, invités à diriger le gouvernement, dans une position délicate, s'affichant comme un homme de compromis sans satisfaire leurs exigences, selon des analystes.

"La proposition de Ianoukovitch n'est qu'une manoeuvre destinée à diviser l'opposition et conserver le pouvoir", juge Andreas Umland, analyste à l'Académie Kiev-Mohyl, qui juge les mesures mises sur la table "pas sérieuses".

Le chef de l'Etat ukrainien a proposé le poste de Premier ministre à Arseni Iatséniouk, chef de file au Parlement du parti de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko. L'ancien boxeur Vitali Klitschko s'est vu offrir la possibilité de devenir l'un des vice-Premiers ministres, chargé des Affaires humanitaires, un domaine au contour obscur.

Il s'est dit prêt à discuter, via la formation d'un groupe de travail, d'une révision de la Constitution, qui concentre actuellement la plus grande partie des pouvoirs entre les mains du président. L'opposition demande un régime plus parlementaire.

Le président a semblé prendre l'opposition de court avec son plan de sortie de crise, annoncé à l'issue de négociations surprises dont personne n'attendait grand-chose après les maigres concessions obtenues lors des rencontres précédentes.

Les leaders de la contestation ont semblé dans un premier temps désarçonnés devant les manifestants sur la scène de la place l'Indépendance. Ils ont appelé à poursuivre la mobilisation, leurs revendications n'étant pas satisfaites: convocation d'élections anticipées, abolition de lois anti-contestation adoptées le 16 janvier et libération de l'opposante Ioulia Timochenko.

Mais ils n'ont pas formellement refusé l'offre et le principal intéressé, Arseni Iatséniouk, a attendu le lendemain pour clarifier sa position.

"Il n'y a pas d'accord", a-t-il écrit sur son compte Twitter.

L'ancien champion de boxe Vitali Klitschko a jugé les proposition du président "empoisonnées". Elles visent à "diviser notre mouvement d'opposition", a-t-il dénoncé dans avec le journal allemand Bild am Sonntag.

Calendrier serré

L'homme d'affaires et ancien ministre des Affaires étrangères Piotr Porochenko, mobilisé avec l'opposition, a accusé le pouvoir d'avoir avancé ces propositions "en espérant un refus".

De fait, l'offre du président a été accueilli froidement par la rue, qui réclame son départ. S'estimant trahie par son volte-face concernant le rapprochement vers l'UE, elle a ensuite été scandalisée par le recours à la force contre les manifestants puis l'adoption de lois très dures contre tout contestation en janvier.

"Les gens ne sont pas là pour que l'opposition obtienne des postes", a dit à l'AFP Sergueï, un manifestant de 39 ans.

Il est pour autant difficile pour l'opposition de rejeter une offre aussi symbolique après deux mois de mobilisation sans résultat, alors que les pays occidentaux ne cessent d'appeler au dialogue.

Le ministre de l'Intérieur avait jugé peu de temps avant ces négociations de dernière minute qu'aucun accord pacifique n'était possible avec une opposition dépassée par la radicalisation du mouvement, menaçant d'user la force contre les "extrémistes".

Le pouvoir a également fait monter la pression avec un calendrier très serré, une session extraordinaire du Parlement prévue dès mardi.

"Cela ressemble à un jeu tactique", estime le directeur de l'Institut des stratégies internationales, Vadim Karasev.

"Ianoukovitch a montré aux Occidentaux sa volonté de trouver un compromis" tandis que "l'opposition a constaté que Ianoukovitch était prêt à partager le pouvoir", juge l'expert.

Selon le politologue Alexeï Garan, le chef de l'Etat et ses alliés pourraient aussi commencer à plier face à la détermination de la rue et la crainte de sanctions internationales.

Il pourrait ainsi céder une partie de ses pouvoirs à un gouvernement d'opposition afin de finir son mandat comme prévu en 2015, voire partir sous conditions, comme l'assurance de ne pas être poursuivi par la justice.

Cette option "serait la meilleure solution pour le pays" et "les chances existent" qu'elle se réalise", a estimé M. Garan sur la radio Gramadské.

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