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26/01/2014 12:10 EST | Actualisé 28/03/2014 05:12 EDT

Ukraine: des milliers de personnes rendent hommage à un manifestant tué

Des milliers de personnes ont assisté dimanche à un service funèbre en hommage à un manifestant tué à Kiev, où l'opposition maintient la pression sur le pouvoir, tandis que la contestation s'amplifie dans les régions d'Ukraine.

Les leaders du mouvement de protestation, qui ont affiché leur détermination à rester mobilisés malgré les propositions faites la veille par le président Viktor Ianoukovitch, ont assisté à la cérémonie.

Fleurs à la main, drapeau ukrainien sur les épaules, une importante foule s'est réunie à l'intérieur de la cathédrale Saint-Michel, et jusqu'en dehors de ses murs, pour honorer la mémoire de Mikhaïl Jiznevski.

Le jeune homme, de nationalité bélarusse, qui selon l'un de ses amis aurait eu 26 ans dimanche, a trouvé la mort mercredi au cours des scènes de guérilla urbaine, inédites en deux mois d'actions de protestation en Ukraine, dont la capitale a été le théâtre ces derniers jours.

Non loin de là, ils étaient quelques milliers également, manifestants et badauds confondus, place de l'Indépendance, haut lieu de la contestation à Kiev, alors que des dizaines, voire des centaines, de milliers de personnes s'y étaient regroupées pendant les immenses rassemblements dominicaux des semaines précédentes.

Le tout sous le regard de militants armés de bâtons et casqués chargés du maintien de l'ordre à l'intérieur de ce véritable camp retranché hérissé de barricades.

"Les gens ont peur, ils sont soumis à des pressions à leur travail" s'ils affichent en public leur profond désaccord avec le pouvoir, dit Sergueï, un employé qui refuse de donner son nom de famille.

Ce jeune homme interrogé par l'AFP qualifie par ailleurs de "piège" les concessions qu'a faites samedi à l'opposition Viktor Ianoukovitch.

Le président a proposé le poste de Premier ministre à l'opposant Arseni Iatséniouk et celui de vice-Premier ministre à l'ex-boxeur Vitali Klitschko.

Il s'est aussi dit prêt à discuter d'une révision de la Constitution visant à céder une partie de ses pouvoirs au gouvernement.

Ces propositions du pouvoir n'ont pas empêché le mouvement de s'étendre en Ukraine.

Les sièges des administrations de la plupart des régions de l'Ouest, davantage tournées vers l'Union européenne, sont occupés depuis plusieurs jours par des milliers de manifestants qui réclament le départ des gouverneurs nommés par le chef de l'Etat.

Dans cette partie du pays, les assemblées régionales d'Ivano-Frankivsk et de Ternopil ont fait savoir dimanche qu'elles avaient voté en faveur d'une interdiction locale du Parti des Régions de M. Ianoukovitch.

Mais les actions d'occupation touchent aussi désormais certaines régions du Nord (Tcherniguiv) et de l'Est (Poltava) et des centaines de personnes ont tenté d'investir dimanche l'administration régionale à Zaporijjia, dans l'Est, gardée par des policiers antiémeutes.

Et des centaines de personnes hostiles au pouvoir se sont rassemblées à Dnepropetrovsk (est) et Odessa (sud), deux grandes villes russophones.

A Donetsk, fief de M. Ianoukovitch dans le bassin minier russophone du Donbass, un rassemblement a vite été dispersé.

A Kiev, la situation reste tendue et 2.000 manifestants se sont emparés dans la nuit de samedi à dimanche d'un bâtiment tout proche de la place de l'Indépendance, la "Maison de l'Ukraine", en délogeant les membres des forces de sécurité qui s'y trouvaient.

Dimanche, les opposants s'affairaient désormais à nettoyer cette salle d'exposition, dont le sol est jonché de débris de verre et couvert par endroits d'une couche de glace, les policiers ayant répliqué non seulement avec des grenades assourdissantes, mais également avec des lances à eau, par une température frisant les -15 degrés.

Les parties en présence sous pression

L'assaut s'est déroulé peu après les discours des chefs de l'opposition qui ont souligné qu'ils étaient toujours mobilisés, exigeant notamment la convocation d'une élection présidentielle dès cette année et non en 2015 comme cela est prévu.

Les propositions de M. Ianoukovitch sont "empoisonnées", elles visent à "diviser notre mouvement d'opposition", a estimé Vitali Klitschko dans un entretien avec le journal allemand Bild am Sonntag.

Quant à Arséni Iatséniouk, il a déclaré ne "pas croire un mot" de ce que dit le pouvoir. "Nous n'allons pas bouger", a martelé le leader du parti Baktivchtchina de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko.

Une session extraordinaire du Parlement, consacrée à la situation politique, doit s'ouvrir mardi, ce qui met la pression sur les différentes parties pour parvenir avant cette date à un accord.

Le même jour, un sommet doit réunir l'UE et la Russie, que les Européens accusent d'avoir usé de son influence en vue de convaincre l'Ukraine de renoncer à un accord d'association avec Bruxelles. Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, est, pour sa part, attendue à Kiev jeudi et vendredi.

L'ouverture surprise de Viktor Ianoukovitch est intervenue à l'issue d'une semaine marquée par des violences à Kiev qui ont fait trois morts, selon les autorités, et six, selon l'opposition.

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