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26/01/2014 01:00 EST | Actualisé 28/03/2014 05:12 EDT

Peau foncée, yeux bleus : son ADN trace le portrait d'un chasseur-cueilleur ibérique

Il vivait en Espagne il y a environ 7.000 ans, avait probablement la peau et les cheveux foncés mais les yeux bleus : une équipe espagnole a séquencé pour la première fois le génome complet d'un chasseur-cueilleur européen.

Cette analyse, publiée dimanche par la revue Nature, permet de dessiner le portrait d'un Européen du Mésolithique, période de la Préhistoire intermédiaire entre le Paléolithique et le Néolithique, où la subsistance était encore assurée par la chasse et la cueillette.

Elle livre également des indices sur les changements apportés à la physiologie humaine par l'introduction progressive en Europe, au Néolithique, de l'agriculture et de la domestication.

L'équipe menée par Carles Lalueza-Fox (Institut de Biologie évolutive, Barcelone), a analysé l'ADN d'une dent d'un des deux squelettes masculins découverts en 2006 dans la grotte de La Brana-Arintero, dans la province de Leon (nord-ouest de l'Espagne). Les ossements, préservés dans de bonnes conditions, sont datés approximativement de 7.000 ans, soit la période correspondant au Mésolithique (10.000 à 5.000 ans).

L'étude montre que le chasseur-cueilleur de la péninsule ibérique était génétiquement éloigné des populations européennes actuelles, mais était cependant plus proche des Européens du Nord d'aujourd'hui (Suédois et Finlandais par exemple).

Les comparaisons avec d'autres échantillons anciens semblent par ailleurs indiquer une "continuité génétique" à travers l'Eurasie occidentale et centrale, depuis le Paléolithique supérieur jusqu'au Mésolithique.

Mal équipé pour digérer lait et céréales

La pigmentation de la peau de l'individu de La Brana était probablement foncée, et ses cheveux bruns. Mais il était également porteur d'une mutation qui chez l'humain moderne engendre les yeux bleus.

"Ce phénotype rare n'existe pas dans les populations européennes contemporaines", a souligné Carles Lalueza-Fox dans un échange de mails avec l'AFP.

"Jusqu'à maintenant, on considérait que la couleur de peau claire avait évolué assez tôt en Europe, au Paléolithique supérieur, en lien avec les faibles rayonnements UV à haute latitude", a-t-il expliqué. "Mais ce n'est clairement pas le cas. Cette évolution est intervenue beaucoup plus tard, probablement au Néolithique", a-t-il poursuivi. Elle pourrait être liée au changement de régime alimentaire et à la diminution de l'apport en vitamine D chez l'éleveur par rapport au chasseur.

Les généticiens se sont également penchés sur les gènes du système digestif du chasseur-cueilleur de La Brana, pour tenter de retracer l'histoire de deux adaptations "récentes" du régime alimentaire de l'homme adulte : la consommation de lait et d'amidon, que l'on trouve aujourd'hui dans les céréales ou la pomme de terre.

Ils ont ainsi montré que l'individu de La Brana était porteur de la variation génétique ancestrale produisant une intolérance au lactose. De même l'homme n'était pas génétiquement armé pour avoir un régime riche en amidon.

"Ces résultats suggèrent que le chasseur-cueilleur de La Brana avait de médiocres capacités à digérer le lait et l'amidon, étayant l'hypothèse que ces facultés ont été acquises plus tard, avec l'introduction de l'agriculture", déclarent les chercheurs.

En revanche, ils ont montré que plusieurs variations génétiques associées à la résistance aux agents pathogènes chez les Européens modernes étaient déjà présentes chez cet individu. Il ne s'agirait donc pas d'une adaptation liée au passage au mode de vie agricole et à la domestication animale.

"L'analyse d'autres anciens génomes d'Europe centrale ou du Nord sera nécessaire pour confirmer que les caractères génomiques découverts chez l'individu de La Brana peuvent être généralisés aux autres populations du Mésolithique", concluent les chercheurs.

vm/dab/phc

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