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26/01/2014 04:40 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

Législatives en Thaïlande: vote anticipé chaotique, un mort et des bureaux de vote bloqués

Un des meneurs des manifestations en Thaïlande a été abattu dimanche, en pleine opération de blocage du vote anticipé organisé à une semaine de législatives de plus en plus compromises.

Il a été tué alors qu'il parlait à la foule depuis une camionnette près d'un bureau de vote, selon l'opposition. Le porte-parole des manifestants, Akanat Promphan, a accusé une "foule favorable au gouvernement" d'avoir mené l'attaque.

Ces nouvelles violences, qui ont fait neuf blessés, se sont en effet produites lors d'affrontements entre opposants et partisans du gouvernement, connus sous le nom de "chemises rouges", a confirmé la police.

Un face-à-face inquiétant: jusqu'ici les "chemises rouges" avaient respecté la consigne d'éviter toute confrontation.

L'orateur tué est un chef de file de la Dhamma Army, un des groupes les plus jusqu'au-boutistes de la mouvance antigouvernement.

Ce nouvel incident meurtrier porte à dix le nombre de morts depuis le début de la crise il y a près de trois mois et compromet un peu plus les chances d'organiser le scrutin dimanche prochain.

Dans l'ensemble, le vote anticipé s'est déroulé normalement (dans 66 provinces sur 76). Mais à Bangkok, 45 des 50 bureaux de vote ont dû être fermés par la commission électorale, en raison du siège des bâtiments par les manifestants.

Et des dizaines ont été empêchés de fonctionner, notamment dans le sud du pays, fief de l'opposition.

Celle-ci boycotte le scrutin proposé comme une sortie de crise, après des semaines de manifestations quasi quotidiennes à Bangkok, allant jusqu'à un blocage de la circulation.

"Je suis ici pour empêcher les gens de voter", s'est justifié Amornchock, manifestant de 64 ans bloquant un bureau de vote de la capitale, comme quelque 2.500 manifestants selon la police.

"Je ne suis pas opposé à la démocratie, je ne suis pas contre des élections, mais elles doivent être justes", a ajouté Amornchock, reprenant l'idée de l'opposition de repousser les élections, le temps de réformes, avec un "conseil du peuple" non élu au pouvoir dans l'intervalle.

Voter pour "protéger mes droits"

Devant un bureau de vote, une dizaine d'aspirants électeurs expriment leur frustration. "Je suis venu pour protéger mes droits", a expliqué à l'AFP Vipa Yoteepitak, 75 ans.

"Nous ne pouvons pas laisser faire. Si nous ne nous battons pas aujourd'hui, nous perdrons nos droits", a-t-elle ajouté, fulminant de n'avoir pu exercer son droit de vote.

Comme elle, plus de deux millions d'électeurs (sur plus de 49 millions) s'étaient portés volontaires pour voter avec une semaine d'avance, dans le cadre de ces législatives proposées par la Première ministre, Yingluck Shinawatra, pour tenter de mettre fin à une crise politique qui s'éternise.

Au-delà de la Première ministre actuelle, est visé son frère, Thaksin Shinawatra, lui-même ex-Premier ministre victime d'un coup d'Etat en 2006, et en exil pour échapper à des poursuites pour malversations. L'opposition l'accuse de continuer à diriger le pays via sa soeur.

La procédure de vote par anticipation, prévue pour les électeurs ne pouvant pas se déplacer dimanche prochain, était vue comme un test.

Le meneur des manifestants, Suthep Thaugsuban, avait promis que ses partisans n'empêcheraient pas les électeurs de pénétrer dans les bureaux de vote, mais tenteraient de les "persuader" de leur erreur.

La présence de ses partisans autour des bureaux de vote est néanmoins en elle-même "la porte ouverte à une forme d'intimidation des électeurs", selon Sunai Phasuk, de l'ONG Human Rights Watch.

Yingluck Shinawatra, qui a dissous le Parlement pour tenter d'apaiser les manifestants, refuse quant à elle de démissionner pour laisser sa place au "conseil du peuple" réclamé par les manifestants.

La Première ministre doit rencontrer la Commission électorale mardi, et pourrait être contrainte d'annoncer un report du scrutin.

Les partisans de Suthep, qui réclament la tête de la Première ministre, à grand renfort de manifestations parfois violentes, exigent que les législatives soient repoussées d'au moins un an. Leur proposition d'un conseil du peuple non élu pour assurer l'intérim a suscité des craintes quant à leurs intentions démocratiques.

Si elles ont lieu, les élections ont néanmoins toutes les chances d'être remportées par le parti Puea Thai au pouvoir, le principal parti d'opposition, le Parti démocrate, ayant fait le choix du boycott.

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