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26/01/2014 11:48 EST | Actualisé 28/03/2014 05:12 EDT

Leurs espoirs déçus, des Soudanais du Sud reprennent le chemin de l'exil

Grandis pour beaucoup dans des camps de réfugiés pendant la longue guerre civile qui a précédé la naissance de leur pays, de nombreux Soudanais du Sud ont repris le chemin de l'exil, pour fuir le conflit déchirant leur patrie, moins de trois ans après l'indépendance.

Une majorité a choisi l'Ouganda, espoirs déçus et sans perspective de retour.

"Je ne veux pas revenir, j'ai vu trop de choses", dit Arac Magok, une réfugiée de 31 ans en provenance de Bor, capitale de l'Etat du Jonglei (centre), dévastée par six semaines de guerre entre forces gouvernementales et rebelles. Ce weekend encore des combats y étaient signalés en dépit d'un cessez-le-feu signé jeudi.

Fuyant d'abord à pied, puis obligés de payer des sommes exorbitantes pour un moyen de transport, Arac et sa famille s'installent au moins provisoirement dans le nord de l'Ouganda.

Ironie de l'histoire, le statut de réfugié n'est pas nouveau pour les Sud-Soudanais élevés dans les pays voisins pendant les plus de vingt ans de guerre qui ont précédé la partition du Soudan, alors uni, et la création de l'Etat du Soudan du Sud en juillet 2011.

De réfugiés soudanais, ils sont simplement devenus réfugiés sud-soudanais à cause du nouveau conflit opposant depuis la mi-décembre les forces du président Salva Kiir à celles de son ex-vice-président Riek Machar.

Les combats et les atrocités ont fait 700.000 déplacés à l'intérieur du pays et plus de 110.000 réfugiés à l'extérieur, dont la moitié ont fui vers le sud, en direction de l'Ouganda.

"Je vais rester ici jusqu'à la fin des problèmes", ajoute Arac Magok dans le camp de réfugiés d'Adjumani, à la frontière, dont la population augmente rapidement sous les rangées de tentes de plastique censées protéger du soleil brulant.

"La paix ne vient pas en un jour, cela prendra du temps", dit-elle en déchargeant ses bagages d'un pickup.

100 km de marche sans chaussures

Beaucoup de réfugiés ont raconté comment leur maison avait été incendié, leur bétail et leur récolte volés. Massacres et viols ont aussi été rapportés alors que la rivalité politique entre MM. Kiir et Machar a dégénéré en conflit entre ethnies touchant directement les civils.

"Les gens reviennent de loin et disent que tout a été détruit chez eux", déclare Lucy Beck, du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés. "Ils n'ont pas beaucoup de raisons de vouloir rentrer".

La fragilité du cessez-le-feu que chaque camp accuse l'autre de violer n'incite pas non plus au retour et le nombre des réfugiés devrait encore grossir.

"Il reste de nombreuses poches de gens qui n'ont pas encore pu gagner l'Ouganda", dit Mme Beck, ajoutant que le HCR se prépare à y accueillir jusqu'à 100.000 nouveaux arrivants.

"Le nombre de réfugiés continue d'augmenter. C'est alarmant car cela montre que la situation au Soudan du Sud ne s'améliore pas", commente le Dr Fredericke Dumont, responsable médical du camp pour Médecins Sans Frontières (MSF).

Loin de rêver à un retour au Soudan du Sud, les réfugiés préfèrent apparemment se voir transférés dans un camp plus permanent.

En Ouganda, les réfugiés "reçoivent un morceau de terrain où construire une maison, avoir un petit jardin. Ils ont accès à l'eau et à des soins", explique Mme Beck.

Mais les conditions restent dures, en particulier dans les camps de transit.

"Depuis notre arrivée, nous sommes cloués ici. Les gens dépendent de la bouillie qu'on leur distribue et il n'y en a pas toujours assez", dit Mme Magok.

Les derniers arrivés sont aussi les plus pauvres car ils ont dû faire une partie du voyage à pied.

Ainsi Joseph Alehu Gabriel, un prêtre venu lui aussi de Bor. Il a marché plus de 100 km dans la brousse jusqu'à la capitale Juba, avant de pouvoir prendre un bus pour l'Ouganda.

"Vous avez vu mes pieds ? J'ai marché sans chaussures", dit-il en montrant ses plaies.

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