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26/01/2014 08:53 EST | Actualisé 28/03/2014 05:12 EDT

La Tunisie attend sa Constitution et un nouveau gouvernement

La Constituante tunisienne doit procéder dimanche au vote d'adoption de la nouvelle loi fondamentale, trois ans après la révolution, dans un contexte politique toujours chaotique, un gouvernement d'indépendants devant être formé dans la soirée après un premier échec la veille.

Le vote sur la Constitution, prévu au départ pour 15H00 GMT, a pris du retard. L'Assemblée a d'abord rectifié trois articles du projet puis les députés ont adopté une réforme de la motion de censure devant permettre l'annonce de la composition du gouvernement dans la soirée.

La séance parlementaire a été suspendue vers 19H00 GMT (20H00 GMT) et doit reprendre après le dîner. Les 149 articles de la loi fondamentale devront alors être lus puis le vote solennel interviendra. Pour être adopté, le texte doit recueillir 145 voix sur 217 élus.

Le futur Premier ministre Mehdi Jomaâ devait lui présenter son gouvernement au président Moncef Marzouki vers 21H00 locale (20H00 GMT), a indiqué la présidence.

M. Jomaâ, ministre de l'Industrie sortant, n'avait pas réussi la veille à former son cabinet dans le délai légal de quinze jours. Mais à la mi-journée dimanche, M. Marzouki lui a de nouveau confié la tâche de former une équipe.

"Le président m'a renouvelé sa confiance et m'a chargé de former le gouvernement. Nous avons fait un grand pas dans la formation du gouvernement, il est presque prêt", a indiqué Mehdi Jomaâ.

Même si finalement son équipe n'était pas annoncée dimanche, il dispose légalement d'un nouveau délai de quinze jours pour former un gouvernement qui devra obtenir la confiance de l'Assemblée nationale constituante.

Blocage sur la motion de censure

L'une des principales causes de l'échec samedi a été un désaccord sur la révision des règles de la motion de censure du gouvernement par l'Assemblée pour rendre plus difficile le limogeage de l'équipe gouvernementale.

C'est cette disposition qui a été revue dimanche. Il faudra désormais une majorité des trois-cinquièmes pour limoger le gouvernement ou l'un de ses membres, contre une majorité absolue jusqu'alors.

Une autre source de blocage était l'identité du ministre de l'Intérieur.

L'entrée en fonction d'un cabinet apolitique est la pierre angulaire d'un accord entre les islamistes du parti Ennahda, majoritaires à l'Assemblée, et leurs détracteurs pour sortir le pays de la profonde crise politique déclenchée il y a six mois par l'assassinat d'un député d'opposition, Mohamed Brahmi.

C'est ce cabinet qui doit conduire la Tunisie vers des élections en 2014, Ennahda ayant accepté en octobre de quitter le pouvoir pour laisser des indépendants organiser les législatives et la présidentielle.

Depuis, le processus a sans cesse été ralenti par d'interminables imbroglios et par les dissensions au sein de la classe politique.

Une Constitution pour empêcher une dérive autoritaire

Le texte de la Constitution présenté dimanche a déjà été approuvé article par article lors de débats houleux entre le 3 et le 23 janvier, opposant notamment Ennahda et ses détracteurs. Il doit désormais être voté dans son ensemble.

Cette Constitution, qui consacre un exécutif bicéphale et accorde une place réduite à l'islam, devrait recueillir la majorité nécessaire des deux tiers, des compromis assez larges ayant été négociés pour permettre son adoption.

Plus de deux ans de travaux ont été nécessaires pour aboutir à ce compromis visant à éviter une dérive autoritaire dans un pays qui a connu plus d'un demi-siècle de dictature, sous Habib Bourguiba, puis sous Zine El Abidine Ben Ali, renversé par la révolution de janvier 2011.

En cas d'échec cependant, une seconde lecture devra avoir lieu. Si elle échoue aussi, le projet sera soumis à référendum, ce que l'essentiel de la classe politique souhaite éviter.

La Tunisie, berceau du Printemps arabe, a réussi jusqu'à présent à ne pas basculer dans le chaos, mais sa stabilité reste minée par l'essor de groupes jihadistes et par de profonds problèmes économiques et sociaux, déjà à l'origine de la révolution de janvier 2011.

Sa transition postrévolutionnaire a été considérablement freinée par le climat de méfiance entre Ennahda et ses détracteurs.

alf/cco

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