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26/01/2014 04:11 EST | Actualisé 28/03/2014 05:12 EDT

Jour de recueillement à L'Isle-Verte

PC

L'ISLE-VERTE, Qc - Le copropriétaire de la résidence pour personnes âgées où un incendie a fait au moins dix morts et 22 disparus à L'Isle-Verte, a effectué une apparition surprise, dimanche, pour prendre la parole lors d'une cérémonie qui réunissait les proches des victimes dans une église bondée.

Roch Bernier et lrène Plante, à qui appartenait la Résidence du Havre, s'étaient limités jusqu'ici à émettre un communiqué de presse, à la suite de la tragédie survenue dans la nuit de jeudi.

L'allocution de M. Bernier n'était pas au programme, mais l'animatrice du segment de la cérémonie a affirmé qu'il venait de demander à prendre la parole, à la suite des quatre personnes prévues, ce qui a suscité une ovation de la part de l'auditoire.

Après avoir offert ses condoléances aux proches des victimes — «vos disparus c'étaient les nôtres», M. Bernier a évoqué les questions soulevées par l'incendie de la résidence de 52 logements, partiellement équipée d'un système de gicleurs, principalement dans la section de l'édifice qui a été épargnée par les flammes.

Un gardien de nuit présent le soir du drame a aussi évoqué vendredi l'hypothèse qu'un fumeur soit à l'origine de l'incendie, ce que le fils du résident visé a vigoureusement nié.

Devant environ 1000 personnes réunies en l'église de L'Isle-Verte, M. Bernier n'a pas spécifiquement abordé les causes du brasier, mais il a invité son auditoire à faire preuve de clémence.

«Dans la vie, on a chacun un mandat particulier, mais avec la bonne foi et le respect, on peut atteindre les sommets (…), a-t-il dit.

«C'est comme ça qu'on avance, c'est comme ça qu'on bâtit. Ce n'est pas en nous détruisant l'un et l'autre. Ne cherchons pas de causes, de part et d'autres.»

L'auditoire a chaudement applaudi M. Bernier quand il souligné le travail «exceptionnel» de Mme Plante.

«Pour nous autres, c'est très dur de traverser tout ça, très difficile au niveau des émotions et des pensées», a-t-il dit.

Durant la cérémonie, présidée par le curé Gilles Frigon, la petite-fille de l'une des trois victimes qui ont été identifiées jusqu'ici a pris la parole, avant M. Bernier.

Lucie Bérubé était infirmière de l'antenne du Centre local de services communautaires (CLSC) installée dans la résidence pour personnes âgées qui a été détruite par le feu.

Mme Bérubé a raconté qu'elle avait choisi ce poste afin d'être plus près de sa grand-mère, Marie-Lauréat Dubé, qu'elle pouvait ainsi voir plus fréquemment, notamment à son bureau.

«J'étais tellement fière de l'entendre parler de moi dans la salle d'attente: 'l'infirmière, c'est ma petite-fille', disait-elle. Comment aurait-elle pu me rendre plus heureuse», s'est-elle souvenue.

Mme Bérubé a affirmé que les résidents, en majorité âgés de 85 ans et plus, affrontaient avec «courage et sérénité la vieillesse, la maladie, la solitude et les peines».

«Ils étaient pour moi source de petites joies quotidiennes et des encyclopédies de la sagesse, a-t-il dit en lisant un texte devant l'auditoire. Que de beaux souvenirs je garderai de ces gens qui s'arrêtaient à mon bureau pour me saluer, pour des conseils ou tout simplement pour me parler.»

L'infirmière a souligné que les soins attentifs des propriétaires et des employés étaient responsables de la quiétude qu'elle a constatée chez les résidents.

«Je peux vous affirmer que Mme Irène, M. Bernier et les employés de la résidence s'adressaient toujours avec respect, patience et compassion à vos parents, soeurs, frères et amis, a-t-elle dit. Aucun effort n'était négligé pour assurer leur sécurité et leur santé.»

Responsable du dossier des aînés chez les libéraux, la députée Marguerite Blais, qui était présente avec son chef Philippe Couillard, a été touchée par l'accueil réservé à M. Bernier.

«Les gens ne se seraient pas levés comme ça dans l'église spontanément pour l'applaudir si c'était pas quelqu'un qui a un coeur sur deux pattes et qui aimait et qui aime encore profondément les gens qu'il garde depuis des années», a-t-elle dit.

La première ministre Pauline Marois s'était également déplacée dimanche pour assister à la cérémonie, après avoir visité le site de l'incendie et s'être entretenue avec la mairesse Ursule Thériault.

«Nos personnes âgées, c'est notre mémoire, c'est ceux qui ont bâti avant nous la société dans laquelle on vit et c'est toujours triste de les voir partir dans des circonstances aussi dramatiques, a-t-elle dit lors d'une conférence de presse, peu après son arrivée. (...) C'est tellement des événements qu'on ne souhaite pas voir arriver, et donc, on doit prendre tous les moyens pour ne plus que ça arrive.»

Mme Marois a cependant rappelé qu'il fallait être prudent avant de tirer des conclusions sur les causes et attendre la fin des enquêtes pour savoir quels gestes doivent être posés.

«C'est sûr que nous allons tirer des conclusions de cet événement et si cela nous amène à devoir poser des gestes, qu'il s'agisse du côté des gicleurs, qu'il s'agisse de présence de personnel», a-t-elle dit.

Dimanche, la Sûreté du Québec a maintenu le bilan à dix morts et 22 disparus qui avait été établi samedi. Les recherches ont été retardées en matinée en raison du mauvais temps.

Le lieutenant Guy Lapointe a affirmé que les travaux ont progressé pour faire fondre la glace qui recouvre les débris dans lesquels se trouvent les corps des victimes.

«Nonobstant le fait qu'on a dû interrompre les recherches, on a quand même pu avancer puisqu'on a continué à pouvoir réchauffer la scène sous des toiles», a-t-il dit.

Le Bureau du coroner a donné, dimanche, l'identité d'une troisième victime. Il s'agit de Louis-Philippe Roy, un homme de 89 ans.

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