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26/01/2014 12:45 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

Hollande lundi en Turquie, un pays en pleine crise politique

François Hollande est attendu lundi en Turquie pour une visite d'Etat de deux jours, la première d'un président français depuis 22 ans, qui s'annonce délicate sur fond de relations bilatérales houleuses et de profonde crise politique à Ankara.

Pour le chef de l'Etat, ce déplacement qui succède à celui de François Mitterrand en 1992 et sera son premier à l'étranger depuis l'annonce de sa sépartion avec sa compagne Valérie Trierweiler, doit être l'occasion de raviver une relation politique et surtout économique en panne.

D'où la présence à ses côtés de sept ministres, parmi lesquels Laurent Fabius (Affaires étrangères), Arnaud Montebourg (Redressement productif) ou Jean-Yves Le Drian (Défense), et d'une délégation de responsables économiques et d'entreprises d'une quarantaine de membres.

Nicolas Sarkozy avait fait de son hostilité à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne un argument de politique intérieure, provoquant la fureur du Premier ministre turc, l'islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan. Le vote de lois françaises reconnaissant le génocide arménien ou réprimant sa négation a également lourdement pesé sur la relation.

Une période de glaciation s'en est suivie, plombant aussi les échanges commerciaux. La part de marché française en Turquie a chuté de 6 à 3% entre 2009 et 2012 alors que cette puissance émergente a vu son PIB par habitant tripler entre 2002 et 2012. Sur ce point, explique-t-on dans l'entourage du président français, Paris entend donc se livrer à "un travail de rattrapage".

C'est le message que délivrera François Hollande aux milieux d'affaires turcs qu'il rencontrera mardi à Istanbul, au deuxième journée de sa visite. Après une année 2013 plutôt fructueuse pour les entreprises françaises avec la conclusion de 15 milliards d'euros de contrats en Turquie, une série d'accords seront signés dans les domaines du nucléaire civil, des infrastructures ou de la lutte contre les contrefaçons.

Dans les pas de Barroso

La relance de la relation politique, au coeur de la première journée de la visite qui s'effectuera dans la capitale politique, Ankara, s'annonce autrement plus périlleuse.

Le pouvoir turc a répliqué ces dernières semaines par des purges sans précédent dans les milieux judiciaires et policiers à la mise en cause de plusieurs dizaines de ses proches soupçonnés de corruption par la justice turque.

Se gardant de cautionner le régime par sa visite, François Hollande devrait inscrire ses pas dans ceux du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Celui-ci encourageait encore mardi Recep Tayyip Erdogan, en visite à Bruxelles, à "poursuivre les réformes nécessaires" en vue de garantir le respect de l'Etat de droit, condition sine qua non d'un rapprochement avec l'UE.

"La justice (turque) ne peut pas outrepasser son mandat", avait toutefois répliqué le Premier ministre turc, accusé de vouloir mettre au pas le système judiciaire de son pays.

Dans ce contexte, Paris entend privilégier une relation "sincère, claire et directe". Le processus de négociation avec l'Union européenne ne pourra prospérer que si Ankara tient ses engagements "sur l'Etat de droit, la séparation des pouvoirs, l'indépendance de la justice et le respect des libertés fondamentales", souligne-t-on encore à l'Elysée.

Au-delà de ces questions, nul doute que François Hollande sera interrogé sur sa position de principe à l'égard d'une future adhésion de la Turquie à l'UE. Jusqu'à présent, le président français s'est borné à constater que cette question ne se poserait pas concrètement pendant son quinquennat puisque les Européens ont exclu une adhésion avant 2020.

Le président Hollande rencontrera aussi la veuve du journaliste Hrant Dink qui, oeuvrant à la réconciliation entre Turcs et Arméniens, a été assassiné par un ultra nationaliste turc le 19 janvier 2007.

Membre de l'Otan, la Turquie est concernée au premier chef par les crises régionales et notamment le conflit en Syrie, l'Iran, l'Irak, et plus largement le monde arabe, le Caucase et Chypre, autant de crises dont François Hollande devrait également s'entretenir avec ses interlocuteurs turcs. Quelque 700.000 réfugiés syriens ont été accueillis en Turquie.

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