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26/01/2014 03:50 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

Ambitions réduites pour un sommet UE-Russie sous tension

Le président russe Vladimir Poutine est attendu mardi à Bruxelles pour un sommet UE-Russie qui s'annonce tendu en raison des nombreux sujets de crispation, au premier rang desquels l'Ukraine.

Cette réunion bi-annuelle, la 32e, a été réduite à la portion congrue: moins de trois heures de discussion entre M. Poutine et les deux têtes de l'Union européenne, Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso.

"Cette fois-ci, les frustrations semblent avoir été plus fortes que la courtoisie", remarque Bruno Lété, expert au German Marshall Fund.

A Bruxelles, on justifie ce sommet raccourci, avec l'annulation du dîner initialement prévu lundi, par la volonté de se concentrer sur l'essentiel, à savoir un débat que "nous espérons franc et transparent" sur des relations russo-européennes qui "traversent une période de défis", selon Olivier Bailly, porte-parole de la Commission.

Les attentes sont modestes, d'autant que les précédents sommets UE-Russie avec M. Poutine "n'ont jamais très bien fonctionné", selon un diplomate européen. Car le président russe "n'accorde pas un grand crédit aux dirigeants de Bruxelles" qui, de plus, sont en fin de mandat.

"Il n'y a pas grand chose à espérer de ce sommet, si ce n'est une discussion plus ou moins franche sur le sujet le plus brûlant: la Russie et l'UE sont-elles en concurrence directe dans l'espace post-soviétique?", estime Nikolaï Petrov, professeur à la Haute école économique de Moscou.

L'attention se polarise sur l'Ukraine, depuis la crise ouverte par la décision du président Viktor Ianoukovitch de rejeter l'accord d'association que lui proposait l'UE pour lui préférer un rapprochement avec la Russie.

Vexés par ce camouflet inédit depuis la création de l'UE, les 28 en ont fait porter la responsabilité sur les pressions exercées par la Russie sur son voisin. Ils soutiennent depuis, plus ou moins ouvertement, l'opposition anti-Ianoukovitch et pro-européenne.

Moscou se montre exaspéré par cet appui, récemment jugé "indécent" par le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Selon lui, aucun pays européen n'accepterait, sans réagir, que des manifestants bloquent la principale place de sa capitale pendant des semaines.

"La Russie reproche à l'UE de trop intervenir dans les affaires des pays post-soviétiques. Cela la vexe", explique M. Petrov.

Pragmatiques avant tout

Pourtant, malgré les désaccords, l'heure n'est pas à la rupture, qui "ne serait bonne ni pour l'UE ni pour la Russie", selon Michal Baranowski, expert du Marshall Funds basé à Varsovie. Les deux camps "doivent être pragmatiques en raison de l'éventail d'intérêts communs en jeu, qu'ils soient économiques, énergétiques ou diplomatiques, avec la Syrie, l'Iran ou le dossier israélo-palestinien", souligne-t-il.

L'ambassadeur russe auprès de l'UE, Vladimir Chizov, a même affirmé que les relations Russie-UE étaient "meilleures" que ce que disent les médias, qui selon lui "exagèrent les désaccords".

Les deux parties ont fortement accru leurs liens commerciaux depuis la chute de l'URSS, et la Russie est aujourd'hui le 3e partenaire de l'UE après les Etats-Unis et la Chine, avec près de 340 milliards d'euros d'échanges en 2012.

Les 28 accusent un large déficit, de 91,6 milliards en 2012, en raison de leur forte dépendance énergétique. "Il ne fait pas de doute que les relations UE-Russie vont rester très fortes dans le domaine énergétique", malgré les sujets de friction, souligne M. Baranowski.

Ces derniers sont légion: contestation par Moscou devant l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) de la taxe "énergétique" imposée par les 28, enquête à Bruxelles visant le géant Gazprom pour pratiques anticoncurrentielles, contestation des accords sur le gazoduc South Stream entre la Russie et l'UE.

Parmi les autres dossiers en souffrance, figure le régime de circulation sans visa entre la Russie et l'UE, réclamé depuis des années par Moscou, qui dénonce régulièrement l'approche "politique" de Bruxelles.

Les JO d'hiver de Sotchi témoigneront de l'absence de chaleur des relations UE-Russie puisque la plupart des dirigeants des 28 n'assisteront pas à la cérémonie d'ouverture le 7 février.

bur-jri/jlb/pt

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